Melos or the risk of neutrality

The fate of the island of Melos in the Peloponnesian War illustrates the risk to the weak of believing they can remain neutral when the fighting is raging all around them.

Melos or the risk of neutrality

In Book V of the History of the Peloponnesian War, Thucydides presents a dialogue between Athenian ambassadors and Melian notables (V, 84), known as the Melian dialogue, or the dialogue between Athenians and Melians.

Melos is a small island in the Aegean Sea. Its location would allow whoever ruled it to act effectively on maritime traffic. It was therefore a key position for Athens, which depended on the tribute paid by its allies (see our article The thalassocratic system in Thucydides’ History of the Peloponnesian War). The city chose to remain neutral in the war that had been raging between Sparta and Athens for 15 years.

Mélos ou les risques de la neutralité - L'empire athénien en 431 av. J.-C., juste avant le début de la guerre du Péloponnèse.
The Athenian Empire in 431 BC, just before the start of the Peloponnesian War. Map_athenian_empire_431_BC-fr.svg : Marsyasderivative work: Once in a Blue Moon, CC BY-SA 2.5, https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5, via Wikimedia Commons

In 416 BC, the Athenians felt that the neutrality of this small city represented too great a risk and decided to give it an ultimatum: submit to the Empire or see their city destroyed. After all, the Melians are also Sparta’s colonists. An edifying dialogue ensues between Athenian delegates and Melian notables.

Melos’ neutrality rejected

Melos offered to remain neutral. This argument was immediately rejected by the Athenians.

« your hostility does us less harm than your friendship: the latter would appear in the eyes of the peoples of the empire as proof of weakness, your hatred as proof of power ».

Athens based its power on the tribute it received from its subjugated cities. It therefore had to ensure that it dominated the sea routes. If it accepted that Melos should remain neutral, it opened the door to demands from other island peoples.

The heart of the Melian dialogue: right versus possible

The Athenian delegates began by dismissing the legal argument.

« we’re not going to […] use big words, saying that having defeated the Mede gives us the right to dominate, or that our current campaign stems from an infringement of our rights ».

They intend to rely on power relationships.

« If the law intervenes in human assessments to inspire a judgement when the forces are equivalent, the possible, on the other hand, governs the action of the strongest and the acceptance of the weakest ».

For the Melians, it’s submission or death, whatever their legal position. « Either we prevail in terms of the law, refusing to give in, and it’s war, or […] it’s servitude ».

Destruction of Melos

Strengthened by their right and the divine support that goes with it, the Melians chose to resist despite the power of Athens. They counted on Sparta to come to their aid.

« In the name of their own interests, they will not want to betray Melos, a colony of their own, in order to become suspect to their supporters in Greece and do their enemies a favour.

But Sparta did not make a move. After all, Melos never took their side. Melos’ position was irrational.

« Your strongest support comes from a hope for the future, and your present resources are meagre to successfully resist the forces now arrayed against you ».

After several months of siege, Melos, starving, tried to negotiate its surrender. But the Athenians proved implacable. They subjected the city to extreme violence, even for the time. They slaughtered the men, took the women and children into slavery, and then brought in their own colonists. The fate of Melos left a lasting impression on the Greek world. Because it thought it was choosing honour, relying on neutrality and help of a power that was culturally close to it, it ceased to exist.

Right, morality and power

What conclusion is to be drawn from the Melian dialogue? Not that might makes right. But that despite the rule of law, power relationships do not disappear. They must be taken into account. Morality carries little weight in the face of what a player perceives to be his vital interest. And like promises, alliances are only binding on those who believe them.


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Mélos, ou le risque de la neutralité

Le sort réservé à l’île de Mélos dans la guerre du Péloponnèse illustre le risque pour le faible de croire qu’il peut rester neutre quand les combats font rage autour de lui.

Mélos ou les risques de la neutralité

Au livre V de l’Histoire de la guerre du Péloponnèse, Thucydide met en scène un dialogue entre ambassadeurs athéniens et notables méliens (V, 84), connu sous le nom de dialogue mélien, ou dialogue entre Athéniens et Méliens.

Mélos est une petite île de la mer Égée. Sa localisation permettrait à qui la dirige d’agir efficacement sur le trafic maritime. C’est donc une position clef pour Athènes qui dépend des tributs versés par ses alliés (voir notre article Le système thalassocratique chez Thucydide, dans l’Histoire de la guerre du Péloponnèse). La cité a choisi de rester neutre dans la guerre qui oppose Sparte à Athènes depuis 15 ans.

Mélos ou les risques de la neutralité - L'empire athénien en 431 av. J.-C., juste avant le début de la guerre du Péloponnèse.
L’empire athénien en 431 av. J.-C., juste avant le début de la guerre du Péloponnèse. Map_athenian_empire_431_BC-fr.svg : Marsyasderivative work: Once in a Blue Moon, CC BY-SA 2.5, https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5, via Wikimedia Commons

En 416 av. J.-C., les Athéniens estiment que la neutralité de cette petite cité représente un risque trop grand et décident de lui adresser un ultimatum : se soumettre à l’empire ou voir leur ville détruite. En effet, les Méliens sont aussi les colons de Sparte. Un dialogue édifiant s’engage alors entre délégués athéniens et notables méliens.

La neutralité de Mélos rejetée

Mélos propose de conserver sa neutralité. L’argument est immédiatement rejeté par les Athéniens.

« votre hostilité nous fait moins de tort que votre amitié : celle-ci ferait paraître aux yeux des peuples de l’empire une preuve de faiblesse, votre haine, une [preuve] de puissance ».

Athènes fonde sa puissance sur le tribut fourni par les cités soumises. Elle doit donc s’assurer de dominer les routes maritimes. Si elle accepte que Mélos demeure neutre, elle ouvre la porte aux revendications des autres peuples insulaires.

Le cœur du dialogue mélien : droit contre possible

Les délégués athéniens commencent par évacuer l’argument du droit.

« nous n’allons pas […] recourir à de grands mots, en disant que d’avoir vaincu le Mède nous donne le droit de dominer, ou que notre campagne présente vient d’une atteinte à nos droits ».

Ils comptent s’appuyer sur les rapports de force.

« Si le droit intervient dans les appréciations humaines pour inspirer un jugement lorsque les pressions (forces, NDLR) s’équivalent, le possible règle, en revanche l’action des plus forts et l’acceptation des plus faibles ».

Pour les Méliens, c’est la soumission ou la mort, quelle que soit leur position au regard du droit. « Ou bien nous l’emportons sur le plan du droit, nous refusons pour cela de céder, et c’est la guerre, ou bien […] c’est la servitude ».

Destruction de Mélos

Forts de leur droit et de l’appui divin qui l’accompagne, les Méliens choisissent de résister malgré la puissance d’Athènes. Ils comptent sur Sparte pour leur venir en aide.

« au nom de leur propre intérêt, ils ne voudront pas trahir Mélos, une colonie à eux, pour devenir suspects à leurs partisans en Grèce, et rendre service à leurs ennemis ».

Mais Sparte ne bouge pas. Après tout, Mélos n’a jamais pris leur parti. La position de Mélos était irrationnelle.

« Vos plus forts appuis relèvent d’un espoir relatif au futur, et vos ressources présentes sont minces pour résister avec succès aux forces dès maintenant rangées contre vous ».

Au bout de plusieurs mois de siège, Mélos, affamée, tente de négocier sa reddition. Mais les Athéniens se montrent implacables. Ils soumettent la ville à une violence extrême, même pour l’époque. Ils massacrent les hommes, emmènent les femmes et les enfants en esclavage, puis acheminent leurs propres colons. Le sort réservé à Mélos marquera durablement les esprits dans le monde grec. Parce qu’elle a cru choisir l’honneur, en comptant sur la neutralité et le secours d’une puissance culturellement proche d’elle, elle a cessé d’exister.

Le droit, la morale et la puissance

Quelle conclusion tirer du dialogue mélien ? Non pas que la force fait le droit. Mais que malgré le règne du droit, les rapports de force ne s’effacent pas. Ils doivent être pris en compte. La morale pèse en effet peu de poids face à ce qu’un acteur perçoit comme son intérêt vital. Et que comme les promesses, les alliances n’engagent que ceux qui y croient.


Lire aussi Arès et Athéna, dieux de la guerre.

Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse.

Who are the Houthis ?

Yemen has been the scene of complex conflicts and political upheavals. At the heart of this tumult are the Houthis, a rebel group that has emerged as a major player on the Yemeni political scene.

Houthis

Today, the Houthis control a large part of Yemeni territory, including the major port of Hodeïda. Their economic and military power enables them to keep the internationally recognized government at bay.

Who are the Houthis?

The Houthis are a political and religious movement from northern Yemen, in the Saada region. Founded in the late 1990s by Hussein Badreddin al-Houthi, the movement takes its name from the Houthi family. They still play a central role in the movement’s decision-making. Initially, the Houthis were a Zaydi movement, a branch of Shiism. They subsequently evolved into a political and military force capable of competing with the government.

Their rise to power has been fueled by a mixture of political, economic and religious grievances. Indeed, the Houthis opposed the political and economic marginalization of Yemen’s northern regions. They criticized the central government for its corruption and alignment with foreign powers, notably Saudi Arabia and the United States.

Houthi ideology

Their ideology is imbued with strong anti-imperialist and anti-American sentiment, as well as fervent Yemeni nationalism. The Houthis have also adopted a religious discourse, presenting themselves as defenders of the interests of the Zaydites and the oppressed against outside forces and corrupt elites.

The Houthis belong to the Zaydi branch of Shi’ism, one of the main schools of thought in Shi’ite Islam. Zaydism is widespread mainly in Yemen, where it makes up the majority of the population in the northern regions.

This branch of Shi’ism is distinguished by its interpretation of the succession of the Prophet Muhammad and its emphasis on social and political justice. The Zaydites believe that an Imam descended directly from the Prophet Muhammad should lead the Muslim community. He must be chosen on the basis of merit and piety, rather than dynastic lineage.

Although the Houthis are strongly rooted in the Zaydi tradition, their discourse and actions go far beyond religious issues to encompass broader political and social concerns.

Abd el Malek Al Houthi, the charismatic leader of the Houthis, embodies this fusion of religiosity and political commitment. His followers revere him as both a religious leader and a political guide. He unites the two dimensions of authority in the Zaydi tradition. His speeches are imbued with religious references and Koranic verses. They reinforce his status as a spiritual leader while articulating a political vision for Yemen.

The Houthis in a position of strength in Yemen

Yemen has been in the grip of civil war since 2014. The Houthis took control of the capital, Sanaa, in 2014. They overthrew the Saudi-backed government and forced the Yemeni president, Abdrabbuh Mansur Hadi, into exile. Since then, Yemen has been plunged into a violent and devastating conflict, exacerbated by the military intervention of the coalition led by Saudi Arabia and the United Arab Emirates in support of Hadi’s government.

The Houthis have succeeded in resisting the Arab coalition’s offensives and consolidating their hold on large swathes of Yemeni territory, including Sana’a and other key regions. Their stubborn resistance and ability to mobilize broad popular support have enabled them to remain a key political player despite international pressure and coalition attempts to oust them from power.

Houthi-controlled zone in Yemen (2022)
Houthi-controlled zone in Yemen (2022)

Today, they have considerable military power. The Houthis are not a rag-tag rebellion. On the contrary, they have taken over the resources, weapons and know-how of the regular army in the areas they control. Some of the military personnel who served the regime have been transferred to the Houthis as part of their territorial conquests. They simply need to feed their families. Today, the Houthis are capable of producing and deploying sophisticated weaponry. What’s more, they benefit from the support of Iran. The port of Hodeïda also provides them with substantial revenue. This enables them to sustain their war effort.

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The Houthis continue to play a central role in Yemeni politics, defying the expectations and forecasts of many international observers. Their meteoric rise and resilience in the face of external pressures testify to the complexity and depth of the political and social dynamics shaping the contemporary Yemeni landscape.


Pourquoi l’industrie de défense française peine à soutenir l’Ukraine

Dans une interview télévisée du 14 mars 2024, le Président français a reconnu que la France n’avait pas « une industrie de défense adaptée à une guerre de haute intensité territoriale ». En effet, les entreprises françaises peinent à soutenir massivement l’Ukraine. Ainsi, la France et l’Europe connaissent des difficultés pour produire des obus d’artillerie, pourtant nécessaires en grande quantité en Ukraine. Pourquoi l’industrie de défense française peine-t-elle autant à soutenir l’Ukraine, alors que Paris est devenu le deuxième exportateur d’armes au monde ?

Canon Caesar en Irak. Ce type de matériel fait merveille en Ukraine. Pourtant, l'industrie  de défense française peine à soutenir Kiev.
Canon Caesar en Irak. Ce type de matériel fait merveille en Ukraine. Pourtant, l’industrie de défense française peine à soutenir Kiev.

En cause, le modèle d’armée que soutient cette industrie. L’industrie de défense française produit du matériel de haute technologie, cher, en petit nombre.

Arme nucléaire et armée de masse

La sanctuarisation du territoire français rend inutile une armée de masse.

La France est une puissance nucléaire. Ses intérêts vitaux, au premier desquels son territoire, sont sanctuarisés par la dissuasion. Elle n’a donc plus besoin d’une armée de masse, de conscrits.

Les armées contribuent à la sûreté du territoire contre les attaques terroristes, qui ne peuvent être évitées grâce à la dissuasion. Mais c’est sur la masse de la police que repose surtout cette protection dans ce cas précis.


Pour aller plus loin sur la dissuasion : amiral Pierre Vandier, La dissuasion au troisième âge nucléaire, Monaco, éditions du Rocher, 2018. Si vous achetez le livre grâce à ce lien, vous faites vivre le site.

Une armée expéditionnaire

Son armée lui sert donc bien davantage à protéger ses intérêts à l’étranger.

Elle utilise ses forces armées pour réduire la menace terroriste qui pèse sur elle depuis l’étranger. Par exemple, les armées françaises ont activement contribué à réduire la capacité de nuisance de Daech en Irak. Elles défendent aussi les intérêts économiques de la nation, en protégeant des Houthis les navires qui transitent par le détroit de Bab el-Mandeb.

Elle a donc besoin d’une force facilement capable de se projeter à l’étranger et de s’y maintenir. Cela implique une taille limitée par les moyens de projection et de soutien détenus (navires, avions de transport stratégiques…).


Pour aller plus loin sur le modèle d’armée : Guy Brossolet, essai sur la non-bataille. Si vous achetez le livre grâce à ce lien, vous faites vivre le site.

Haute technologie

Sanctuarisation du territoire et capacité de projection de puissance font donc converger le modèle d’armée français vers une armée de taille limitée.

Pour garder sa supériorité malgré cette taille réduite, l’armée française a donc besoin d’hommes supérieurement entraînés, capables de manier des systèmes d’armes complexes, de haute technologie.

Cet équipement à la pointe de la technologie est évidemment très onéreux, en partie parce qu’il est produit en petites séries. Par exemple, un simple obus de 155 mm « de base » coûte environ 5000 euros. Les délais de production sont par ailleurs assez longs. Il faut compter deux ans de fabrication pour un canon Caesar.

Cela explique aussi que la base industrielle et technologique de défense (BITD) soit forcée d’exporter pour survivre. Le marché français n’est simplement pas assez grand pour garantir la pérennité d’entreprises privées.

Une industrie de défense peu adaptée à la guerre de masse

La BITD française produit donc des équipements très efficaces, mais très chers, et en nombre réduits. Or, quels sont les besoins des Ukrainiens ? De l’armement en nombre, des obus en masse, facilement utilisable par des conscrits ayant au mieux quelques semaines de formation.

La BITD française n’est donc tout simplement pas configurée pour soutenir l’Ukraine dans une guerre de masse, territorialisée.

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Les enjeux de défense ne sont pas les mêmes pour Paris ou Kiev. La BITD française soutient une armée de taille réduite, qui utilise des équipements de haute technologie, très onéreux, en petit nombre. Or, c’est tout l’inverse dont ont besoin les Ukrainiens. Équipements simples, abordables, en grand nombre.

C’est donc un virage à 180° que l’on demande, en un temps très court, à notre BITD. Elle n’est effectivement pas configurée pour la guerre de masse.

Toutefois, ce virage pourrait être pris plus vite qu’on ne le croit. L’Europe s’organise pour optimiser son aide à l’Ukraine. Ainsi, la France a pris la tête de la « coalition artillerie » qui met en contact les industriels et les besoins ukrainiens. Mais surtout, d’une manière particulièrement cynique, les entreprises de défense sont des entreprises privées. Elles peuvent espérer faire des profits très importants en Ukraine, tant les Européens sont prêts à sortir leur carnet de chèques. Nul doute qu’elles sauront s’adapter pour capter les milliards qui sont en jeu.

Pourquoi les Houthis attaquent-ils des navires en mer Rouge ?

Les Houthis, un groupe rebelle du Yémen, poursuivent leurs attaques contre le commerce en mer Rouge. Mais quelles sont leurs motivations ? Deux facteurs clés émergent pour expliquer leurs actions : l’utilisation du ciblage du commerce maritime comme moyen de pression dans le conflit israélo-palestinien et comme outil de légitimation internationale. In fine, leurs actions leur permettent d’attirer de nombreuses recrues.

Un commando Houthi attaquant un navire en mer rouge

Les attaques houthies en mer Rouge, un moyen de pression sur le conflit israélo-palestinien

Les attaques des Houthis sur le commerce en Mer Rouge sont un moyen de pression indirect sur le conflit israélo-palestinien. En ciblant les voies maritimes essentielles pour le transport de marchandises, les Houthis cherchent à démontrer leur capacité à perturber les intérêts économiques et commerciaux d’Israël et de ceux qu’ils considèrent comme ses alliés.

En exerçant cette pression économique, ils espèrent influencer les politiques et les décisions des acteurs clés dans le conflit israélo-palestinien, tout en renforçant leur propre position au sein du paysage politique régional.

Un moyen de légitimation internationale

Les attaques contre le commerce en Mer Rouge servent également de moyen de légitimation internationale pour les Houthis.

les champions de l’Axe de la Résistance

En s’attaquant aux intérêts économiques des puissances régionales et internationales, les Houthis cherchent à se positionner comme les champions de « l’axe de la résistance » contre l’ingérence étrangère et l’expansionnisme. Ils espèrent ainsi renforcer leur image en tant que défenseurs des droits des Palestiniens et des opprimés de la région.

Leurs actions en mer Rouge permettent aux Houthis d’attirer les volontaires et de recruter massivement. L’équilibre du conflit en cours s’en trouvera modifié.

Une légitimité accrue après les frappes américaines

Attaques Houthis Mer rouge

Les frappes américaines contre les positions des Houthis au Yémen ont de surcroît renforcé leur légitimité aux yeux de certains acteurs régionaux et internationaux. En répondant militairement aux attaques des États-Unis, les Houthis peuvent en effet être perçus comme un mouvement capable de résister à l’impérialisme occidental. Cette résistance face à l’intervention étrangère peut renforcer leur soutien parmi les populations locales et régionales. Elle accroît également leur crédibilité sur la scène internationale.

*

Les attaques des Houthis sur le commerce en Mer Rouge sont donc le résultat d’une combinaison de motivations politiques, stratégiques et géopolitiques. Elles continuent de perturber les routes maritimes essentielles pour l’Europe et de menacer la stabilité régionale. Elles pourraient être demain à l’origine de bouleversements géopolitiques majeurs.

Nous sommes preneurs de toutes les bonnes idées. Rajoutez vos idées et vos arguments dans la section commentaires ! La stratégie Houthie n’est-elle pas risquée ? Quelles pourraient être ses conséquences à long terme ?

Lire aussi Qui sont les Houthis ?

Se dirige-t-on vers une guerre contre la Russie ?

Le Président français Emmanuel Macron a annoncé le lundi 26 février qu’un engagement de troupes occidentales en Ukraine n’était plus exclu. Alors, se dirige-t-on vers une guerre contre la Russie ? Comment en est-on arrivés là ?

Des propos rassurants sont immédiatement venus nuancer la déclaration française. Les alliés ne comptent pas s’engager, le déploiement ne concernerait que des unités de déminage. Mais le signal est trop fort pour être ignoré. Allons plus loin.

Une guerre entre la France et l'Ukraine ?

Un affrontement en cours entre la France et la Russie dans le milieu informationnel

Dressons le cadre. La France et la Russie s’affrontent déjà, mais de manière indirecte en Ukraine ainsi que dans les champs immatériels.

Au Sahel, la Russie utilise le sentiment antifrançais pour avancer ses pions. En 2022, elle a tenté de discréditer l’action de la France au Mali en installant un charnier près de Gossi. Les forces françaises avaient éventé le subterfuge en diffusant les images de l’enterrement des corps. Le charnier était bien réel, mais du fait de Wagner.

Plus récemment, Moscou s’est livré à plusieurs attaques informationnelles contre la France. La Russie a mis en place plusieurs campagnes de désinformation, en répliquant des unes de sites internet de grands médias français afin d’y insérer sa propagande (opération Doppelgänger). Elle a également créé des portails spécifiquement dédiés à la diffusion de son récit (opération Portal Kombat).

De son côté, la France livre des armes et des munitions en Ukraine. Le canon Caesar a déjà joué un rôle important sur le champ de bataille, de même que les systèmes sol-air livrés par la France. Mais surtout, Paris a fourni à Kiev un grand nombre de missiles de croisière SCALP à très haute valeur ajoutée.

Les armes françaises font donc déjà couler le sang russe. Cependant, ces livraisons, de même que la formation des soldats ukrainiens dans l’hexagone, ne suffisent pas pour faire de la France un co-belligérant sur le plan juridique.


Pour aller plus loin sur la Russie : Dans la tête de Vladimir Poutine.

Une dynamique du conflit aujourd’hui favorable à la Russie

Pourquoi dès lors faire monter les enchères et évoquer un envoi de troupes occidentales en Ukraine ? Il faut en rechercher la cause dans la dynamique actuelle du conflit et dans la crainte d’une défaite ukrainienne.

Aujourd’hui, la dynamique du conflit est favorable à la Russie. Les Européens craignent un effondrement ukrainien. S’il est improbable à court terme, il ne peut être exclu. La Russie s’est remise de ses pertes et est repassée à l’offensive. Elle s’est emparée à la fin du mois de février de la ville d’Avdiivka, après des mois de combats acharnés.

L’aide matérielle occidentale est donc tout à fait nécessaire, mais non suffisante pour assurer la victoire de l’Ukraine. Or, elle atteint ses limites, en raison de l’inadaptation du complexe militaro-industriel occidental à la guerre de masse. Celui-ci est en effet conçu pour armer des forces professionnelles d’équipements de haute technologie, en petit nombre et donc très chers.

Dans ces conditions, la déclaration de M. Macron constitue un signal envoyé à M. Poutine. Le président français n’annonce pas l’envoi de troupes ; il évoque le sujet. Cette petite phrase ne passera cependant pas inaperçue à Moscou. Il s’agit pour la France de peser sur les calculs russes en montrant qu’elle est toujours déterminée à soutenir l’Ukraine. Paris souhaite également poser davantage de dilemmes à la Russie. Renouer, pour ainsi dire, avec l’ambiguïté stratégique.


Lire aussi Qui sont les Houthis ?

Conséquences d’une défaite ukrainienne

Mais pourquoi s’acharner à ce point en Ukraine ? Quelles seraient les conséquences d’une défaite ukrainienne ? Toute la question est bien là. En réalité, au cœur des réactions occidentales à la dynamique du conflit se trouve la crainte d’une paix trop favorable à la Russie. Elle modifierait considérablement l’architecture de sécurité et les rapports de force en Europe, voire dans le monde.

Il résulterait d’une paix trop favorable à la Russie une modification considérable des rapports de force en Europe, et probablement dans le monde. Les démocraties occidentales en sortiraient durablement décrédibilisées, tant elles ont fait de ce conflit une lutte existentielle. Le récit russe d’un Occident décadent et faible serait conforté.

L’architecture de sécurité européenne n’y survivrait pas. La Russie aurait démontré que l’Occident n’est plus capable de s’opposer à l’emploi illégal de la force militaire. Moscou aurait alors beau jeu de tirer avantage de sa supériorité militaire pour imposer ses vues à des Européens désunis et militairement faibles. Le désarmement européen a par ailleurs très probablement compté dans les calculs russes en février 2022. Les doutes qui planent sur la fiabilité américaine au sein de l’OTAN viendraient parachever la nouvelle vulnérabilité militaire de l’Europe. Moscou pourrait rouvrir des contentieux sur le vieux continent, par exemple dans les pays baltes au sujet du corridor de Suwalki.


Pour aller plus loin : Que veut Poutine ?

Une guerre contre la Russie ?

In fine, les modèles d’armées européens ne sont plus adaptés à la guerre de masse. À l’heure où l’allié américain doute, les Européens sont trop faibles pour que l’Ukraine perde la guerre. Nul doute que le 24 février 2022 a ouvert la page d’un monde nouveau, cauchemardesque pour ceux qui pensaient la guerre révolue et qui souhaitent encore toucher les « dividendes de la paix ».

Les Européens voient ressurgir le spectre de Munich. En 1938 ils avaient cru sauver la paix alors qu’ils venaient de finir de convaincre Hitler de leur lâcheté. La déclaration du président français s’inscrit dans ce contexte intellectuel.

En renversant la perspective, la question n’est peut-être pas de savoir si les Européens parviendront à éviter la guerre, mais s’il n’est pas déjà trop tard pour le faire.


Lire aussi Arès et Athéna, dieux de la guerre.

Qui sont les Houthis ?

Le Yémen a été le théâtre de conflits complexes et de bouleversements politiques. Au cœur de ce tumulte se trouvent les Houthis, un groupe rebelle qui a émergé comme un acteur majeur de la scène politique yéménite.

Houthis protestant contre des raids aériens

Aujourd’hui, les Houthis contrôlent une grande partie du territoire yéménite, dont le port majeur d’Hodeïda. Leur puissance économique et militaire leur permet de tenir en respect le gouvernement internationalement reconnu.

Qui sont les Houthis ?

Les Houthis sont un mouvement politique et religieux originaire du nord du Yémen, dans la région de Saada. Fondé à la fin des années 1990 par Hussein Badreddin al-Houthi, le mouvement tire son nom de la famille Houthi. Elle possède toujours un rôle central dans les décisions du mouvement. Initialement, les Houthis étaient un mouvement zaydite, une branche du chiisme. Ils se sont par la suite transformés en une force politique et militaire capable de rivaliser avec le gouvernement.

Leur montée en puissance a été alimentée par un mélange de griefs politiques, économiques et religieux. En effet, les Houthis se sont opposés à la marginalisation politique et économique des régions du nord du Yémen. Ils ont critiqué le gouvernement central pour sa corruption et son alignement avec des puissances étrangères, notamment l’Arabie saoudite et les États-Unis.

Idéologie des Houthis

Leur idéologie est imprégnée d’un fort sentiment anti-impérialiste et anti-américain, ainsi que d’un fervent nationalisme yéménite. Les Houthis ont également adopté un discours religieux, se présentant comme les défenseurs des intérêts des zaydites et des opprimés contre les forces extérieures et les élites corrompues.

Les Houthis appartiennent à la branche zaydite du chiisme, une des principales écoles de pensée de l’islam chiite. Le zaydisme est répandu principalement au Yémen, où il constitue la majorité de la population dans les régions du nord.

Cette branche du chiisme se distingue par son interprétation de la succession du prophète Mahomet et par son accent mis sur la justice sociale et politique. Les zaydites considèrent en effet que c’est à un imam descendant directement du prophète Mahomet que revient de diriger la communauté musulmane. Il doit être choisi en fonction de son mérite et de sa piété, plutôt que par une lignée dynastique.

Bien que les Houthis soient fortement ancrés dans la tradition zaydite, leur discours et leurs actions dépassent largement les questions religieuses pour englober des préoccupations politiques et sociales plus larges.

Abd el Malek Al Houthi, le leader charismatique des Houthis, incarne cette fusion entre la religiosité et l’engagement politique. Ses partisans le vénèrent comme un chef religieux et un guide politique. Il unit les deux dimensions de l’autorité dans la tradition zaydite. Ses discours sont empreints de références religieuses et de versets coraniques. Ils renforcent ainsi son statut de leader spirituel tout en articulant une vision politique pour le Yémen.

Les Houthis en position de force au Yémen

Le Yémen est en proie à la guerre civile depuis 2014. Les Houthis ont pris le contrôle de la capitale, Sanaa, en 2014. Ils ont renversé le gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite et forçant le président yéménite, Abdrabbuh Mansur Hadi, à s’exiler. Depuis lors, le Yémen est plongé dans un conflit violent et dévastateur, exacerbé par l’intervention militaire de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis en soutien au gouvernement de Hadi.

Les Houthis ont réussi à résister aux offensives de la coalition arabe et à consolider leur emprise sur de vastes portions du territoire yéménite, y compris Sanaa et d’autres régions clés. Leur résistance opiniâtre et leur capacité à mobiliser un large soutien populaire leur ont permis de rester un acteur politique incontournable malgré les pressions internationales et les tentatives de la coalition de les évincer du pouvoir.

Zone contrôlée par les Houthis au Yémen
Zone contrôlée par les Houthis au Yémen (2022)

Aujourd’hui, ils disposent d’une puissance militaire considérable. Les Houthis ne sont pas une rébellion en haillons. Au contraire, ils ont récupéré les ressources, armements et savoir-faire de l’armée régulière dans les zones qu’ils contrôlent. Une partie des militaires qui servaient le régime sont passés aux Houthis au gré des conquêtes territoriales. Ils ont tout simplement besoin de nourrir leur famille. Aujourd’hui, les Houthis sont capables de produire et de mettre en œuvre des armements sophistiqués. Ils bénéficient de surcroît du soutien de l’Iran. Le port de Hodeïda leur fournit également des revenus importants. Ils peuvent ainsi soutenir leur effort de guerre.

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Les Houthis continuent de jouer un rôle central dans la politique yéménite, défiant les attentes et les prévisions de nombreux observateurs internationaux. Leur ascension fulgurante et leur résilience face aux pressions extérieures témoignent de la complexité et de la profondeur des dynamiques politiques et sociales qui façonnent le paysage yéménite contemporain.


Lire aussi Les peuples ont-ils encore le droit de disposer d’eux-mêmes ?

What is Identity? Amin Maalouf, In the Name of Identity

What is identity? In In the Name of Identity (Les identités meurtrières), novelist Amin Maalouf offers us his analysis. He sets out to understand why, all over the world, people kill in the name of their identity.

Amin Maalouf

Identity as the sum of feelings of belonging

So, what is identity? It’s what makes me identical to no one else. It’s made up of different feelings of belonging, each uniquely combined. These include class, skin color, religion, language, nationality, country of birth… The individual experiences these distinct feelings of belonging as a whole.

Amin Maalouf notes that we also have to deal with a dual heritage. The vertical heritage is that of our forebears. Our families and friends pass on habits and traditions to us. The horizontal heritage is that of our contemporaries. We live in an era with its own way of life and vision of the world. It’s this heritage that has the greatest impact on our behavior.

Identity is not innate, but acquired. It is « constructed and transformed throughout life ». For example, being born black does not have the same meaning in Zambia as it does in the United States. Religion will not have the same importance in your identity if you grow up in France, Iraq or India. The influence of others is therefore of key importance in the development of identity.

Indeed, this influence is at the root of the perception of feelings of belonging and their hierarchization. Their origin lies in the wounds caused by the differences highlighted by others. We tend to recognize ourselves in the most attacked of our belongings.

Nevertheless, the hierarchy of feelings of belonging can evolve over time. A person who in the ’80s claimed to be primarily Yugoslav may in the ’90s have felt primarily Muslim. Nowadays, he or she is more likely to identify with the Bosnian nation.

Religion and identity

All over the world today, and particularly in the Arab world, men and women are focusing on their religious affiliation.

Religion satisfies two needs: the need for spirituality and the need to belong. But for many, faith is the core of their identity.

This can be explained by the end of communist models in Europe and nationalist models in the Arab world, but also by the fact that the West doubts itself.

The religious paradigm therefore remains the only credible political offering in the Arab world today. As a result, religion has become the key component of identity. Yet this return to religion is a historically limited phenomenon, caused by essentially political factors.


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« Tribal » concepts of identity

It may be tempting to consider that one belonging dominates all others and imposes itself as identity. However, reducing an individual to an essential identity reduces relations with others to « us » versus « them ». Those who wish to take account of all feelings of belonging are then considered traitors or lukewarm.

When this « tribal » identity is attacked, solidarity sets in among those who share this sense of belonging. The conviction of self-defense takes root in communities where only the most determined leaders can make themselves heard. This is the mechanism that leads to identity-based violence and deadly identities.

Globalization and identity

These identity-related relationships are exacerbated by globalization. Globalization is characterized by the faster circulation of knowledge than its creation. Humanity is therefore moving towards a globalized society that is less and less differentiated. We have more and more things in common, and this encourages us to assert our diversity.

It is also accompanied by anxiety about sudden change. Recourse to identity enhancement is a response to this anxiety. In short, the more self-confident and dynamic a society is, the more capable it will be of opening up to others. The more it feels at risk, the more it will protect itself with its identity reflex.

In this context, the relationship of non-Western societies to progress encourages such a withdrawal reflex. Indeed, modernity is associated with the conquering West. Accepting it means abandoning a part of one’s identity, such as ancestral know-how. When modernity bears the mark of the other, archaism becomes a banner.

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Ultimately, what is identity, according to Amin Maalouf? An individual’s identity lies in the sum of his or her feelings of belonging. These feelings are acquired, not innate. Globalization is exacerbating them, in response to societal standardization and the rapid spread of new knowledge.

Reducing identity to an essential sense of belonging is a mechanism that brings strong political gains, but also proves particularly dangerous. Only the acceptance of others in all the dimensions of their identity will enable dialogue, and hence criticism.


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War is the Continuation of Politics by Other Means

Fetish, totem, stroke of genius, Clausewitz’s « formula » – « war is nothing but the mere continuation of politics by other means » – is sometimes praised, sometimes reviled by strategists.

Carl von Clausewitz
War is the Continuation of Politics by Other Means

We’ve come to the end of our Clausewitzian journey. Please feel free to read our other articles on the concepts introduced by the master in On War. We advise you to read the one on absolute war before continuing.

It’s time to confront this monument.

War is subject to politics

Clausewitz opens De la guerre with the ambition of analyzing the phenomenon of war. « We propose to examine war first in each of its elements, then in each of its parts, and finally in its entirety, that is, in the connection these parts have with each other ».

Logically, then, the discussion begins with a proposed definition. « War is therefore an act of force by which we seek to compel our adversary to submit to our will ».

Notion of political goal

The use of force – and violence – is therefore by definition inseparable from war. But for Clausewitz, force is merely a means to a political end.

However, the only way to achieve this political goal is « to put the enemy in no position to defend himself » (p. 28). The political goal can therefore only be achieved through a military objective.

If the use of armed force is the means to a political end, then war is subject to politics. This is one of the major theses of the work. It is also one of the meanings of Clausewitz’s formula, war as the continuation of politics by other means.

War is subject to politics

War does not impose its logic on politics. « It is therefore the political goal […] that determines the result to be achieved by military action, and the efforts to be devoted to it ».

The only requirement for war is that the political objective be compatible with the use of armed force. Clausewitz was not the theorist of total war, in which political reason would have to give way to the imperatives of war (that was Ludendorff).

On the other hand, the amount of effort required (i.e., the level at which the military goal is set) to achieve the political goal depends on the pre-existing relations between the belligerents. For example (this example is ours, and does not appear in the work), conquering a neighboring province may well be done without a blow, if it’s just a matter of the population concerned changing tyrants. But if people’s passions have already been aroused, this conquest can lead to a long and cruel war. The form of war changes, but not the political objective.

War and politics are therefore of the same nature. There is no break between them, despite the introduction of force. War is the means to a political end: it is simply its continuation. Politics does not cease with the use of arms.

The meaning of the formula

Strictly speaking, the « formula » is not a definition of war. Rather, it is a characterization. The starting point of Clausewitz’s analytical approach is the identification of two dominant features of warfare.

What is the « policy » in question?

The restrictive point of view

For Martin Van Creveld, in The Transformation of War, Clausewitz understands politics to mean only relations between states based on rational interests and calculations. The formula would then be unable to account for the participation of non-state groups in war, or for conflicts in which one side is fighting for its survival.

Clearly, it would not have had such a following if the term « politics » had to be understood in such a restricted sense.

Human communities

Of course, in On War, Clausewitz concentrates on wars between or within states. And with good reason: these were the only wars he knew of. However, when he describes the essence of war in Book One, he does seem to take into account the possibility of political conflicts outside the state. « Between human communities, and especially between civilized nations, war always arises from a political situation and pursues a political goal ».

Unsurprisingly, Clausewitz sees the nation – and in this case the state – as a « civilized » form of human organization. But he also envisages the existence of other types of organization, other types of « human communities ».

We will therefore define « politics » as the ways in which human communities cohabit and live together. N.B.: this is our definition. It does not appear in the work.

The struggle for survival and the disappearance of political purpose

Clausewitz also considered struggles for survival, as opposed to « political » wars fought for « interests ».

He noted that wars can vary in intensity, from wars of extermination to wars waged for cold interests. He recognizes that their relationship to politics seems, at first glance, to differ according to this intensity.

*

« The more extensive and powerful the motives that lead to war, the more tense the political situation that precedes it, the more the existence of the peoples taking part in it is engaged, and the closer war itself comes to its abstract form […] and seems to withdraw from the authority of politics to follow only its own laws: the military goal and the political objective become identical. But on the other hand, the weaker the motives that preside over war and the tensions that precede it, the further the political goal deviates from the outburst of violence inherent in war, so that, obliged to deviate from its natural direction in order to conform to the one imposed upon it, war […] finally comes to seem exclusively an instrument of politics. »

On War, emphasis added.

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However, this disappearance of the political goal behind the military objective is only apparent. « All wars must be considered as political acts », he asserts a few lines further on.

If political and military aims become confused, one does not absorb the other. A war of extermination is also a political act, albeit an extreme one: it appears legitimate and necessary to at least one of the two sides.

So what are these « other means »?

Clausewitz’s answer would be immediate: violence, bloodshed. It is one of the intrinsic characteristics of war. « In order to define war without becoming too heavy-handed, we shall confine ourselves to what constitutes its primordial element: combat ». Violence is thus an extraordinary means for politics to achieve its ends.

For Clausewitz, war without violence and combat is an illusion. « According to some philanthropists, there is some artificial method which, without bloodshed, would make it possible to disarm or reduce the adversary […]. […]. However generous this idea may be, it is nonetheless an error to be combated ».

These two elements lead us to recompose Clausewitz’s characterization of war, to propose a definition of war that seems to us to be in line with his formula. War is an armed and bloody confrontation between human groups, with the aim of forcibly modifying their common modes of existence, including through annihilation.

The question now is whether this definition stands up to criticism, and whether it is of any use in dealing with the phenomenon of war.

Can war not be political in nature?

Let’s subject this definition to an intellectual bombardment and try to refute it.

Seemingly non-political reasons for war

The motives for war can be diverse: political, of course, but also religious, legal, cultural, economic… How can war not therefore be of a non-political nature?

Clearly, most conflicts can be described as « political », in the sense of our definition. A war to impose trade terms on another party, such as the opium wars (this was obviously not the only motive for these wars), falls well within our definition of cohabitation terms.

The same applies to wars waged for legal or moral reasons. Legal institutions and concepts, whatever the era, set in stone the relationships that communities must have with each other. As for imposing moral imperatives through war, this remains the imposition of a norm on the adversary.

Religious conflicts are also political

Religious conflict is also a political conflict, even if this may seem counter-intuitive. Imagine a conflict whose motivations are purely spiritual. This type of conflict is probably an impossibility, so numerous, diverse and profound are the reasons behind a war. But let’s imagine a purely religious war.

Several belligerents clash over the validity of their understanding of a religious (or philosophical) doctrine. It’s a question of day-to-day ways of living and cohabiting. So it’s already politics. The winning side will have succeeded in forcibly imposing its way of believing on the vanquished. It will have redefined the terms of cohabitation with its opponents.

Finally, it has been suggested that the wars waged by the Aztecs against their neighbors were not political. Rather, they were religious in nature. Indeed, their sole purpose was to take captives and sacrifice them to the gods. However, the real question settled by the war was who should provide the supplicants. Once a village had been subjugated, it owed a certain number of individuals to be sacrificed as tribute. While the motive for war was indeed religious (to take captives), its nature remained political. The aim was to create and maintain a system of domination between human groups.

Wars for honor?

But what about honor? An armed conflict between human groups motivated by honor would not qualify as war today. It would be considered a vendetta, or a cycle of violence. It seems inconceivable to us that two political entities would go to war over a question of honor.

However, in other societies, other cultures, other times, this notion is quite conceivable. Two groups could clash over an act perceived as unacceptable in the value system in question. In any event, armed confrontation would then take place, not to define the terms of coexistence, but with the aim of correcting an imbalance introduced into cohabitation between the groups by one of the parties. In this sense, it remains possible – albeit at the extreme limit – to conclude that this armed violence is political in nature.

Nevertheless, the conflict could not have a political objective. It would be a matter of defeating the other to an undefined extent, up to the point where equilibrium is deemed to be re-established and acceptable to the parties to the conflict.

War as culture

As a final analysis, the only circumstance in which war might not be political is if it is a culture.

This is not a conflict of cultures, in the sense of one side trying to impose its culture on the other by force. That would fall within our definition of politics. We’re talking about war as culture, as a way of life.

According to John Keegan in Histoire de la guerre, the strength of the cavalry peoples of the steppes was to have war as a way of life. In other words, they lived solely for and through combat. This position probably needs to be qualified. However, if war can be a way of life for an entire people (as distinct from a mere profession), then it is not necessarily a continuation of politics. It does not redefine the modalities of cohabitation, because it is the only possible way to cohabit. It is politics.

The Clausewitzian presupposition

If war remains political in nature, it no longer serves to resolve a conflict. This exposes the Clausewitzian presupposition, which lies not in the political nature of war, but in « other means ». Basically, Clausewitz sees war as a violent means of resolving a conflict between two human groups.

In this sense, although it cannot be detached from politics, war has no other purpose than its own disappearance in favor of a new, recognized political order. By its very nature, war is a transitory state of politics. If, on the other hand, organized armed violence is not a means, but a culture, it ceases to be a means and loses its transitory character, becoming a state of equilibrium.

However, the fact that war can be a culture is only a hypothesis, an intellectual construct. Today, no people on earth possesses this war-culture.*


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Structuring the treatment of organized armed violence

Clearly, not all organized armed violence is political, and not all violence is organized. Clausewitz’s formula clearly delimits the perimeter of war within that of violence. Without this political dimension, any confrontation between gangs could be described as war.

The notion of politics makes it possible to distinguish, within organized armed violence, between what is war and what is not.

Organized crime

Let’s consider criminals, who act in organized gangs either against their rivals or against the established order. When they act for pecuniary reasons (robbing vans, murdering rivals…), nobody would dream of talking about war.

But when it comes to deciding pre-eminence between gangs, or determining who controls a territory, the violence takes on a political dimension. The term « gang war » comes to mind, and rightly so.

The case is even more eloquent when it comes to organized resistance to the forces of law and order in order to maintain the parallel administration of a territory. This is the case of certain battles waged by Mexican cartels against the police. What we have here is a war stricto sensu.

Criminal means and political claims

Conversely, if an organization uses criminal means to further its political cause, it is legitimate to speak of war. Hostage-taking by a group whose sole aim is to profit from the ransom cannot be considered an act of war. On the other hand, if the hostage-taking is used to finance violent actions aimed at altering the political balance of power, or simply to assert a political position, then it is indeed an act of war, however illegitimate it may be in the Western conception of war.

The notion of politics makes it possible to distinguish which armed, organized and bloody acts of violence should be qualified as war.

The point here is not to enter into a circular reasoning that would explain that since war is political, apolitical violence is not war, which would prove that war is political. It is to show that Clausewitz’s formula, according to which war is the continuation of politics by other means, makes it possible to structure the perception of organized armed violence, and to put in place appropriate responses.

Contemporary applications

So, how can this formula help us understand war?

If, as Clausewitz thought, war is the continuation of politics by other means, then we can avoid two pitfalls in which the common perception of war today in the West seems to be caught.

Repoliticizing war

Firstly, war is not just a matter of technique or performance. Western countries may have tended to consider that the deployment and use of armed force were capable of winning a war thanks to their formidable capacity to kill, before being astonished at having to wage eternal wars against an enemy who was constantly being destroyed. Their poor counter-insurgency record is a result of the perception of war as a phenomenon unrelated to politics.

Indeed, the destruction of the enemy’s armed forces is necessary to bring down the will of the state. But what can the capacity for destruction achieve when the enemy is no longer a state? The adversary in asymmetrical warfare is made up of individuals who have deemed their living conditions unacceptable, to the point of risking their lives fighting against the established order. As long as the political conditions that set the insurrection in motion do not change, it is illusory to hope for any kind of victory. Between states, the political conditions of conflict change as the military balance of power changes, not in asymmetrical warfare.

Non-military levers of action

What’s more, when the balance of power is asymmetrical, military action cannot have a decisive effect. What other political or economic levers do Western democracies have at their disposal to influence the course of their foreign wars? Economic leverage is limited to the imposition of liberalism, tinged with development aid. Political leverage is limited to organizing elections. If war is indeed too serious a matter to be left to the military, then non-military means of action must also exist.

Finally, presenting armed intervention as a technical solution to a strategic problem, or worse, a moral problem, does not allow us to give our adversary his due. They are reduced to the rank of terrorists or criminals. And we negotiate with neither. Without putting politics back at the heart of warfare, there can be no peace, only long wars and defeat.

Economic, commercial and information warfare

Secondly, by placing bloodshed at the heart of warfare, we can better understand the mechanism of international relations, by distinguishing war from what General Poirier called « competitive commerce ».

Indeed, today there are countless speeches on « economic warfare », « information warfare », « trade warfare » and « cyberwarfare ». And yet, if we judge these « wars » by the yardstick of our definition and formula, the term is misused.

So what is the point of these misuses? An attempt to understand a state of tension that seems incompatible with a state of peace. In Stratégie théorique II, General Poirier explains that competition between the political projects of different socio-political players leads to a state of perpetual tension, which he calls « competitive commerce ».

Economic or information « wars » are in fact consubstantial with international relations and the state of peace. Perceiving them as wars can only cloud judgment and lead to irrational, counter-productive decisions.
Adding an adjective after « war » gives the impression of a fine analysis, or even a conceptual breakthrough. However, it often only adds to the confusion, both in understanding the phenomenon of war – which is by nature changeable, like the famous chameleon – and in understanding the state of peace. The latter is nothing more than a harsh competition, distinguished from war only by bloodshed.

*

Clausewitz’s famous formula, « War is only the continuation of politics by other means », is often attacked, but never dethroned. It is a simple phrase that reminds us that war is political in nature. It is not, therefore, an autonomous phenomenon. Finally, it is characterized by organized armed violence and bloodshed.

It gives us a clearer picture of today’s world. But it also allows us to draw up safeguards delimiting what it can achieve, and above all, what it cannot do.


« War is merely the continuation of politics by other means ».

Carl von Clausewitz, On War, Book One, Chap. 1, § 24.

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Ares and Athena, Gods of War

In Canto V of the Iliad, Homer stages the confrontation between Ares and Athena. Both are gods of war, but in different ways.

Gods of war

Diomedes, one of the Greek chiefs, is supported by Athena. He wreaks havoc on the Trojan camp, even wounding Aphrodite and challenging Apollo, who are fighting for the other side. Ares then intervenes on the Trojan side to repel the Achaeans. Athena urges Diomedes to defeat Ares. Two deities, each representing a different aspect of the war, collide.

Ares, « madman », « scourge of mankind », « tainted with murder », is the god of war in its aspect of blind violence and devastation. He pounces on Diomedes as soon as he sees him, eager to take his life.

But Athena, goddess of strategy and intelligence in war, deflects Ares’ hand. She guides Diomedes’ spear straight at his adversary, who, wounded, must leave the battlefield and return to Olympus.

What does this passage from the Iliad and the gods of war tell us about the use of force?

Intelligence has triumphed over force and rage. It is intelligence that directs efforts to produce the right effect at the right time. It is intelligence that deflects the opponent’s strike to prevent it from being effective.

Conversely, violence that is not channeled towards a goal by intelligence is nothing but barbarism, incapable of achieving any political result. Force therefore solves nothing by itself; it is the direction given by intelligence that gives it its power.


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