Le commerce favorise-t-il la paix ?

 Le commerce favorise-t-il la paix ? C’est une idée reçue depuis le « doux commerce » de Montesquieu. Toutefois, nous allons voir que c’est plutôt l’inverse.

Le commerce favorise la paix ?

Le commerce favorise la paix : la théorie du doux commerce

Dans De l’esprit des lois, Montesquieu fait le rapprochement entre commerce et paix :

« L’effet naturel du commerce est de porter à la paix »

Montesquieu, de l’esprit des lois

En effet, le commerce favorise la connaissance mutuelle, les voyages, les échanges avec l’autre. En conséquence, il adoucit les mœurs, tant au niveau politique qu’individuel.

« C’est presque une règle générale, que partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce, et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces »

Montesquieu, de l’esprit des lois

Il crée également des intérêts mutuels entre les nations. Si les élites commerciales du pays A font des affaires avec celles du pays B (investissements, flux), les dirigeants politiques devraient être moins enclins à briser ces liens par la guerre. En effet, les élites politiques et économiques sont souvent très liées, et la richesse procurée par le commerce bénéficie, dans certains cas, aux deux parties.

Cependant, il se trouve très aisément dans l’histoire des exemples de pays très liés par le commerce qui se sont fait la guerre. Le plus connu est celui de la Première Guerre mondiale. Les échanges entre la France et l’Allemagne étaient très élevés en 1914, ce qui n’a pas empêché le conflit. Il nous faut donc creuser plus profondément pour comprendre les relations entre commerce et guerre.

Commerce, richesse, pouvoir… et guerre

Partons du postulat que le commerce est une source de richesse, qui permet l’accroissement de la puissance de l’État qui le contrôle. Cette richesse permet en effet de construire ou renforcer sa capacité militaire : mettre sur pieds et équiper des armées et des flottes. Sur ce sujet, lire notre article Le système thalassocratique chez Thucydide.

Il est en effet aussi nécessaire de protéger cette source de richesse. Le développement des flottes de guerre va de pair avec celui du commerce. Nous avons déjà parlé de Mélos, qui se voit contrainte d’affronter les Athéniens malgré sa neutralité. Sa position géographique permettrait à quiconque la contrôle de faire peser une menace inacceptable sur le système économique athénien. Aujourd’hui, l’Occident est obligé de protéger par la guerre ses lignes de communication en mer Rouge des attaques houthies.

Ce dernier exemple montre que le commerce peut se transformer en vulnérabilité. Lorsqu’un État devient trop dépendant de son commerce pour ses approvisionnements et sa richesse, ses lignes de communication deviennent une cible. C’est de là que vient la stratégie maritime de la France aux XVIIIe et XIXe siècles. Devant la supériorité des escadres britanniques, la France se rabat sur la guerre de course. Elle cherche à entraver les approvisionnements britanniques, et à faire flamber le prix des assurances (comme aujourd’hui en mer Rouge). Sur ce sujet, lire le chapitre 6 de La Mesure de la force.

Le commerce, un intérêt parmi d’autres : il ne favorise la paix que modestement

Le commerce accroit donc la richesse, les capacités militaires et fournit une vulnérabilité à attaquer. Mais cela n’enlève rien à la pertinence de l’argument de la dépendance mutuelle, pourtant infirmé par l’expérience historique. Pourquoi ?

La question à se poser est en réalité : existe-t-il des intérêts supérieurs à ceux du commerce, qui pourraient pousser des entités politiques à entrer en guerre malgré des liens commerciaux forts ? Poser la question révèle la vanité de lier commerce et paix. L’intérêt politique demeure supérieur à l’intérêt économique.

Sans passer en revue les causes des guerres, innombrables et toujours singulières, notons simplement qu’il existe de nombreux cas dans lesquels un État aurait intérêt à entrer en guerre contre un autre malgré des liens commerciaux forts.

Ne pas honorer ses alliances possède un coût politique bien plus fort que la destruction temporaire de liens économiques. C’est une petite partie du mécanisme qui mène à la Première Guerre mondiale.

Un rapport de force avec une puissance menaçante sur le point de se renverser. L’Angleterre a longtemps fondé sa politique sur l’équilibre des puissances sur le continent européen.

Opportunité politique : la saisie d’un territoire clef peut amener des gains à long terme très supérieurs aux coûts économiques d’un conflit. C’est le calcul fait, à tort, par Saddam Hussein lorsqu’il envahit le Koweït en 1990.

Enfin, une opposition idéologique marquée n’empêche pas d’entretenir des relations commerciales. Mais ces dernières ne pèseront rien si un conflit se déclenche entre deux entités politiques aux projets politiques incompatibles. C’est le cas de l’expansion de l’Allemagne au début de la Seconde Guerre mondiale.

N.B. Beaucoup d’exemples centrés sur l’Europe et la période contemporaine. N’hésitez pas à noter en commentaire d’autres cas où l’intérêt politique a balayé l’intérêt économique… ou l’inverse.

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Pour conclure, le commerce favorise-t-il la paix ? Non, ou du moins très modestement. Faire du commerce l’agent de la paix revient à lui donner un pouvoir qu’il n’a pas. En effet, le projet politique d’une nation ne se résout pas à entretenir des bonnes relations commerciales avec ses voisins ou compétiteurs. Le commerce et la richesse sont des moyens au service d’une fin politique plus large. C’est en fonction de cette fin politique que sont déclarées les guerres. La profondeur des liens économiques ne peut donc contrebalancer qu’à la marge le poids des données politiques.

Au contraire, par son existence même le commerce favorise la guerre parce qu’il est nécessaire de le protéger contre ses concurrents, ou qu’il fournit à un adversaire une opportunité de peser par la violence sur les décisions politiques d’une nation.

Pour aller plus loin :

Sur Montesquieu : Catherine Larrère, « Montesquieu et le « doux commerce » : un paradigme du libéralisme », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique.

Sur la stratégie maritime, Hervé Coutau-Bégarie, Traité de Stratégie, Paris, Economica, 2011.

Biography of Carl von Clausewitz

A short biography of Carl von Clausewitz to complete our articles on « On War ».

Carl von Clausewitz biography
Carl Von Clausewitz

The Beginnings of a Brilliant Strategist

Carl von Clausewitz was born on June 1, 1780, in Burg bei Magdeburg, Prussia, into a family of the minor nobility. His early entry into the Prussian army at the age of 12 marked the beginning of a promising military career. His time at the Berlin Military Academy shaped his convictions, as he was influenced by the revolutionary ideals of France.

On the Battlefield

Carl von Clausewitz was shaped by the Napoleonic Wars. His presence on the European battlefields profoundly influenced his understanding of war and its implications.

At Jena, the Prussian army suffered a crushing defeat against the Napoleonic forces. Clausewitz witnessed the brutal collapse of a military institution he had sworn to serve. This experience confronted him with the ruthless reality of modern warfare.

His participation in the Battle of Waterloo as a Prussian staff officer allowed him to closely observe Napoleon Bonaparte’s strategy and contribute to the French emperor’s final defeat.

These battlefield experiences deeply influenced his strategic thinking. It was in the carnage of war that Clausewitz began to develop the fundamental concepts that would shape his major work, « On War ».

In Service of the Tsar

Following the fall of Prussia, Clausewitz joined Tsar Alexander I of Russia. His commitment to the tsar reflected his growing reputation as a military strategist. This period of his life was marked by efforts to modernize the Russian army. He also advised the tsar on military strategy.

After the War: Development of Clausewitzian Thought

At the end of the Napoleonic Wars, Clausewitz dedicated a significant part of his life to furthering his reflection on war and military strategy. He wrote several works and articles that enriched his thinking and expanded his influence. However, his most famous work remains « On War », albeit unfinished at his death.

Clausewitz‘s Legacy

Clausewitz died of cholera on November 16, 1831, in Breslau, Silesia, at the age of 51. He left behind a lasting legacy in the field of military strategy. His thinking continues to inspire future generations in their understanding of war and international politics. He undoubtedly occupies a place among the greatest military thinkers in history.

Marie von Clausewitz

In conclusion of our biography of Clausewitz, a word about Marie von Clausewitz. Carl’s devoted wife played an essential role in preserving and disseminating her husband’s ideas after his death. Indeed, after Carl’s passing, she took charge of the posthumous publication of « On War », an unfinished work. Her dedication to spreading Clausewitz’s ideas contributed to solidifying his place among the greatest military thinkers of all time.

After Clausewitz Biography

Also read War is the Continuation of Politics by Other Means

Biographie de Clausewitz

Voici une indispensable biographie de Clausewitz pour compléter notre mini-dossier sur De la Guerre.

Biographie de Carl von Clausewitz
Carl Von Clausewitz

Les débuts d’un stratège brillant

Carl von Clausewitz est né le 1er juin 1780 à Burg bei Magdeburg, en Prusse, au sein d’une famille de la petite noblesse. Son entrée précoce dans l’armée prussienne à l’âge de 12 ans marque le début d’une carrière militaire prometteuse. Son passage à l’Académie Militaire de Berlin façonne ses convictions. Il est en effet influencé par les idéaux révolutionnaires français.

Sur le champ de bataille

Carl von Clausewitz a été façonné par les guerres napoléoniennes. Sa présence sur les champs de bataille européens a profondément marqué sa compréhension de la guerre et de ses implications.

À Iéna, l’armée prussienne subit une défaite écrasante face aux forces napoléoniennes. Clausewitz est le témoin de l’effondrement brutal d’une institution militaire qu’il avait juré de servir. Cette expérience l’a ainsi confronté à la réalité impitoyable de la guerre moderne.

Sa participation à la bataille de Waterloo, en tant qu’officier d’état-major prussien, lui permet en outre d’observer de près la stratégie de Napoléon Bonaparte, et de contribuer à la défaite finale de l’empereur français.

Ces expériences sur le champ de bataille ont profondément influencé sa pensée stratégique. En effet, c’est dans les carnages de la guerre que Clausewitz a commencé à élaborer les concepts fondamentaux qui allaient façonner son œuvre majeure, « De la Guerre ».

Au service du tsar

Dès la chute de la Prusse, Clausewitz rejoint le tsar Alexandre Ier de Russie. Son engagement auprès du tsar témoigne de sa réputation grandissante en tant que stratège militaire. Cette période de sa vie est marquée par des efforts visant à moderniser l’armée russe. Il conseille également le tsar sur les questions de stratégie militaire.

Après la guerre : développement de la pensée clausewitzienne

A la fin des guerres napoléoniennes, Clausewitz consacre une partie importante de sa vie à approfondir sa réflexion sur la guerre et la stratégie militaire. Il écrit alors plusieurs ouvrages et articles qui contribuèrent à enrichir sa pensée et à élargir son influence. Mais son œuvre la plus célèbre reste « De la Guerre », quoi qu’inachevée à sa mort.

Le legs de Clausewitz

Clausewitz décède du choléra le 16 novembre 1831 à Breslau, en Silésie, à l’âge de 51 ans. Il laisse derrière lui un héritage durable dans les domaines de la stratégie militaire. Sa pensée continue d’inspirer les générations futures dans leur compréhension de la guerre et de la politique internationale. Il possède assurément sa place parmi les plus grands penseurs militaires de l’histoire.

L’héritage et la contribution de Marie von Clausewitz

En conclusion de notre biographie de Clausewitz, un mot Marie von Clausewitz. L’épouse dévouée de Carl, a joué un rôle essentiel dans la préservation et la diffusion des idées de son mari après sa mort. En effet, après le décès de Carl, elle prend en charge la publication posthume de « De la Guerre », oeuvre inachevée. Son dévouement à diffuser les idées de Clausewitz a donc contribué à consolider sa place parmi les plus grands penseurs militaires de tous les temps.

Au delà de la biographie de Clausewitz

En complément de cette biographie de Clausewitz, voir aussi notre mini-dossier sur De la guerre.

Comprendre pourquoi chez Clausewitz la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens

L’étonnante trinité chez Clausewitz, et pourquoi le maître décrit la guerre comme un caméléon.

La montée aux extrêmes. Guerre absolue, guerre réelle.

La friction chez Clausewitz

Le centre de gravité chez Clausewitz

Clausewitz, la guerre comme continuation de la politique par d’autres moyens

Melos or the risk of neutrality

The fate of the island of Melos in the Peloponnesian War illustrates the risk to the weak of believing they can remain neutral when the fighting is raging all around them.

Melos or the risk of neutrality

In Book V of the History of the Peloponnesian War, Thucydides presents a dialogue between Athenian ambassadors and Melian notables (V, 84), known as the Melian dialogue, or the dialogue between Athenians and Melians.

Melos is a small island in the Aegean Sea. Its location would allow whoever ruled it to act effectively on maritime traffic. It was therefore a key position for Athens, which depended on the tribute paid by its allies (see our article The thalassocratic system in Thucydides’ History of the Peloponnesian War). The city chose to remain neutral in the war that had been raging between Sparta and Athens for 15 years.

Mélos ou les risques de la neutralité - L'empire athénien en 431 av. J.-C., juste avant le début de la guerre du Péloponnèse.
The Athenian Empire in 431 BC, just before the start of the Peloponnesian War. Map_athenian_empire_431_BC-fr.svg : Marsyasderivative work: Once in a Blue Moon, CC BY-SA 2.5, https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5, via Wikimedia Commons

In 416 BC, the Athenians felt that the neutrality of this small city represented too great a risk and decided to give it an ultimatum: submit to the Empire or see their city destroyed. After all, the Melians are also Sparta’s colonists. An edifying dialogue ensues between Athenian delegates and Melian notables.

Melos’ neutrality rejected

Melos offered to remain neutral. This argument was immediately rejected by the Athenians.

« your hostility does us less harm than your friendship: the latter would appear in the eyes of the peoples of the empire as proof of weakness, your hatred as proof of power ».

Athens based its power on the tribute it received from its subjugated cities. It therefore had to ensure that it dominated the sea routes. If it accepted that Melos should remain neutral, it opened the door to demands from other island peoples.

The heart of the Melian dialogue: right versus possible

The Athenian delegates began by dismissing the legal argument.

« we’re not going to […] use big words, saying that having defeated the Mede gives us the right to dominate, or that our current campaign stems from an infringement of our rights ».

They intend to rely on power relationships.

« If the law intervenes in human assessments to inspire a judgement when the forces are equivalent, the possible, on the other hand, governs the action of the strongest and the acceptance of the weakest ».

For the Melians, it’s submission or death, whatever their legal position. « Either we prevail in terms of the law, refusing to give in, and it’s war, or […] it’s servitude ».

Destruction of Melos

Strengthened by their right and the divine support that goes with it, the Melians chose to resist despite the power of Athens. They counted on Sparta to come to their aid.

« In the name of their own interests, they will not want to betray Melos, a colony of their own, in order to become suspect to their supporters in Greece and do their enemies a favour.

But Sparta did not make a move. After all, Melos never took their side. Melos’ position was irrational.

« Your strongest support comes from a hope for the future, and your present resources are meagre to successfully resist the forces now arrayed against you ».

After several months of siege, Melos, starving, tried to negotiate its surrender. But the Athenians proved implacable. They subjected the city to extreme violence, even for the time. They slaughtered the men, took the women and children into slavery, and then brought in their own colonists. The fate of Melos left a lasting impression on the Greek world. Because it thought it was choosing honour, relying on neutrality and help of a power that was culturally close to it, it ceased to exist.

Right, morality and power

What conclusion is to be drawn from the Melian dialogue? Not that might makes right. But that despite the rule of law, power relationships do not disappear. They must be taken into account. Morality carries little weight in the face of what a player perceives to be his vital interest. And like promises, alliances are only binding on those who believe them.


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Mélos, ou le risque de la neutralité

Le sort réservé à l’île de Mélos dans la guerre du Péloponnèse illustre le risque pour le faible de croire qu’il peut rester neutre quand les combats font rage autour de lui.

Mélos ou les risques de la neutralité

Au livre V de l’Histoire de la guerre du Péloponnèse, Thucydide met en scène un dialogue entre ambassadeurs athéniens et notables méliens (V, 84), connu sous le nom de dialogue mélien, ou dialogue entre Athéniens et Méliens.

Mélos est une petite île de la mer Égée. Sa localisation permettrait à qui la dirige d’agir efficacement sur le trafic maritime. C’est donc une position clef pour Athènes qui dépend des tributs versés par ses alliés (voir notre article Le système thalassocratique chez Thucydide, dans l’Histoire de la guerre du Péloponnèse). La cité a choisi de rester neutre dans la guerre qui oppose Sparte à Athènes depuis 15 ans.

Mélos ou les risques de la neutralité - L'empire athénien en 431 av. J.-C., juste avant le début de la guerre du Péloponnèse.
L’empire athénien en 431 av. J.-C., juste avant le début de la guerre du Péloponnèse. Map_athenian_empire_431_BC-fr.svg : Marsyasderivative work: Once in a Blue Moon, CC BY-SA 2.5, https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5, via Wikimedia Commons

En 416 av. J.-C., les Athéniens estiment que la neutralité de cette petite cité représente un risque trop grand et décident de lui adresser un ultimatum : se soumettre à l’empire ou voir leur ville détruite. En effet, les Méliens sont aussi les colons de Sparte. Un dialogue édifiant s’engage alors entre délégués athéniens et notables méliens.

La neutralité de Mélos rejetée

Mélos propose de conserver sa neutralité. L’argument est immédiatement rejeté par les Athéniens.

« votre hostilité nous fait moins de tort que votre amitié : celle-ci ferait paraître aux yeux des peuples de l’empire une preuve de faiblesse, votre haine, une [preuve] de puissance ».

Athènes fonde sa puissance sur le tribut fourni par les cités soumises. Elle doit donc s’assurer de dominer les routes maritimes. Si elle accepte que Mélos demeure neutre, elle ouvre la porte aux revendications des autres peuples insulaires.

Le cœur du dialogue mélien : droit contre possible

Les délégués athéniens commencent par évacuer l’argument du droit.

« nous n’allons pas […] recourir à de grands mots, en disant que d’avoir vaincu le Mède nous donne le droit de dominer, ou que notre campagne présente vient d’une atteinte à nos droits ».

Ils comptent s’appuyer sur les rapports de force.

« Si le droit intervient dans les appréciations humaines pour inspirer un jugement lorsque les pressions (forces, NDLR) s’équivalent, le possible règle, en revanche l’action des plus forts et l’acceptation des plus faibles ».

Pour les Méliens, c’est la soumission ou la mort, quelle que soit leur position au regard du droit. « Ou bien nous l’emportons sur le plan du droit, nous refusons pour cela de céder, et c’est la guerre, ou bien […] c’est la servitude ».

Destruction de Mélos

Forts de leur droit et de l’appui divin qui l’accompagne, les Méliens choisissent de résister malgré la puissance d’Athènes. Ils comptent sur Sparte pour leur venir en aide.

« au nom de leur propre intérêt, ils ne voudront pas trahir Mélos, une colonie à eux, pour devenir suspects à leurs partisans en Grèce, et rendre service à leurs ennemis ».

Mais Sparte ne bouge pas. Après tout, Mélos n’a jamais pris leur parti. La position de Mélos était irrationnelle.

« Vos plus forts appuis relèvent d’un espoir relatif au futur, et vos ressources présentes sont minces pour résister avec succès aux forces dès maintenant rangées contre vous ».

Au bout de plusieurs mois de siège, Mélos, affamée, tente de négocier sa reddition. Mais les Athéniens se montrent implacables. Ils soumettent la ville à une violence extrême, même pour l’époque. Ils massacrent les hommes, emmènent les femmes et les enfants en esclavage, puis acheminent leurs propres colons. Le sort réservé à Mélos marquera durablement les esprits dans le monde grec. Parce qu’elle a cru choisir l’honneur, en comptant sur la neutralité et le secours d’une puissance culturellement proche d’elle, elle a cessé d’exister.

Le droit, la morale et la puissance

Quelle conclusion tirer du dialogue mélien ? Non pas que la force fait le droit. Mais que malgré le règne du droit, les rapports de force ne s’effacent pas. Ils doivent être pris en compte. La morale pèse en effet peu de poids face à ce qu’un acteur perçoit comme son intérêt vital. Et que comme les promesses, les alliances n’engagent que ceux qui y croient.


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Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse.

Pourquoi les Houthis attaquent-ils des navires en mer Rouge ?

Les Houthis, un groupe rebelle du Yémen, poursuivent leurs attaques contre le commerce en mer Rouge. Mais quelles sont leurs motivations ? Deux facteurs clés émergent pour expliquer leurs actions : l’utilisation du ciblage du commerce maritime comme moyen de pression dans le conflit israélo-palestinien et comme outil de légitimation internationale. In fine, leurs actions leur permettent d’attirer de nombreuses recrues.

Un commando Houthi attaquant un navire en mer rouge

Les attaques houthies en mer Rouge, un moyen de pression sur le conflit israélo-palestinien

Les attaques des Houthis sur le commerce en Mer Rouge sont un moyen de pression indirect sur le conflit israélo-palestinien. En ciblant les voies maritimes essentielles pour le transport de marchandises, les Houthis cherchent à démontrer leur capacité à perturber les intérêts économiques et commerciaux d’Israël et de ceux qu’ils considèrent comme ses alliés.

En exerçant cette pression économique, ils espèrent influencer les politiques et les décisions des acteurs clés dans le conflit israélo-palestinien, tout en renforçant leur propre position au sein du paysage politique régional.

Un moyen de légitimation internationale

Les attaques contre le commerce en Mer Rouge servent également de moyen de légitimation internationale pour les Houthis.

les champions de l’Axe de la Résistance

En s’attaquant aux intérêts économiques des puissances régionales et internationales, les Houthis cherchent à se positionner comme les champions de « l’axe de la résistance » contre l’ingérence étrangère et l’expansionnisme. Ils espèrent ainsi renforcer leur image en tant que défenseurs des droits des Palestiniens et des opprimés de la région.

Leurs actions en mer Rouge permettent aux Houthis d’attirer les volontaires et de recruter massivement. L’équilibre du conflit en cours s’en trouvera modifié.

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Une légitimité accrue après les frappes américaines

Attaques Houthis Mer rouge

Les frappes américaines contre les positions des Houthis au Yémen ont de surcroît renforcé leur légitimité aux yeux de certains acteurs régionaux et internationaux. En répondant militairement aux attaques des États-Unis, les Houthis peuvent en effet être perçus comme un mouvement capable de résister à l’impérialisme occidental. Cette résistance face à l’intervention étrangère peut renforcer leur soutien parmi les populations locales et régionales. Elle accroît également leur crédibilité sur la scène internationale.

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Les attaques des Houthis sur le commerce en Mer Rouge sont donc le résultat d’une combinaison de motivations politiques, stratégiques et géopolitiques. Elles continuent de perturber les routes maritimes essentielles pour l’Europe et de menacer la stabilité régionale. Elles pourraient être demain à l’origine de bouleversements géopolitiques majeurs.

Nous sommes preneurs de toutes les bonnes idées. Rajoutez vos idées et vos arguments dans la section commentaires ! La stratégie Houthie n’est-elle pas risquée ? Quelles pourraient être ses conséquences à long terme ?

Lire aussi Qui sont les Houthis ?

Qui sont les Houthis ?

Le Yémen a été le théâtre de conflits complexes et de bouleversements politiques. Au cœur de ce tumulte se trouvent les Houthis, un groupe rebelle qui a émergé comme un acteur majeur de la scène politique yéménite.

Houthis protestant contre des raids aériens

Aujourd’hui, les Houthis contrôlent une grande partie du territoire yéménite, dont le port majeur d’Hodeïda. Leur puissance économique et militaire leur permet de tenir en respect le gouvernement internationalement reconnu.

Qui sont les Houthis ?

Les Houthis sont un mouvement politique et religieux originaire du nord du Yémen, dans la région de Saada. Fondé à la fin des années 1990 par Hussein Badreddin al-Houthi, le mouvement tire son nom de la famille Houthi. Elle possède toujours un rôle central dans les décisions du mouvement. Initialement, les Houthis étaient un mouvement zaydite, une branche du chiisme. Ils se sont par la suite transformés en une force politique et militaire capable de rivaliser avec le gouvernement.

Leur montée en puissance a été alimentée par un mélange de griefs politiques, économiques et religieux. En effet, les Houthis se sont opposés à la marginalisation politique et économique des régions du nord du Yémen. Ils ont critiqué le gouvernement central pour sa corruption et son alignement avec des puissances étrangères, notamment l’Arabie saoudite et les États-Unis.

Idéologie des Houthis

Leur idéologie est imprégnée d’un fort sentiment anti-impérialiste et anti-américain, ainsi que d’un fervent nationalisme yéménite. Les Houthis ont également adopté un discours religieux, se présentant comme les défenseurs des intérêts des zaydites et des opprimés contre les forces extérieures et les élites corrompues.

Les Houthis appartiennent à la branche zaydite du chiisme, une des principales écoles de pensée de l’islam chiite. Le zaydisme est répandu principalement au Yémen, où il constitue la majorité de la population dans les régions du nord.

Cette branche du chiisme se distingue par son interprétation de la succession du prophète Mahomet et par son accent mis sur la justice sociale et politique. Les zaydites considèrent en effet que c’est à un imam descendant directement du prophète Mahomet que revient de diriger la communauté musulmane. Il doit être choisi en fonction de son mérite et de sa piété, plutôt que par une lignée dynastique.

Bien que les Houthis soient fortement ancrés dans la tradition zaydite, leur discours et leurs actions dépassent largement les questions religieuses pour englober des préoccupations politiques et sociales plus larges.

Abd el Malek Al Houthi, le leader charismatique des Houthis, incarne cette fusion entre la religiosité et l’engagement politique. Ses partisans le vénèrent comme un chef religieux et un guide politique. Il unit les deux dimensions de l’autorité dans la tradition zaydite. Ses discours sont empreints de références religieuses et de versets coraniques. Ils renforcent ainsi son statut de leader spirituel tout en articulant une vision politique pour le Yémen.

Les Houthis en position de force au Yémen

Le Yémen est en proie à la guerre civile depuis 2014. Les Houthis ont pris le contrôle de la capitale, Sanaa, en 2014. Ils ont renversé le gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite et forçant le président yéménite, Abdrabbuh Mansur Hadi, à s’exiler. Depuis lors, le Yémen est plongé dans un conflit violent et dévastateur, exacerbé par l’intervention militaire de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis en soutien au gouvernement de Hadi.

Les Houthis ont réussi à résister aux offensives de la coalition arabe et à consolider leur emprise sur de vastes portions du territoire yéménite, y compris Sanaa et d’autres régions clés. Leur résistance opiniâtre et leur capacité à mobiliser un large soutien populaire leur ont permis de rester un acteur politique incontournable malgré les pressions internationales et les tentatives de la coalition de les évincer du pouvoir.

Zone contrôlée par les Houthis au Yémen
Zone contrôlée par les Houthis au Yémen (2022)

Aujourd’hui, ils disposent d’une puissance militaire considérable. Les Houthis ne sont pas une rébellion en haillons. Au contraire, ils ont récupéré les ressources, armements et savoir-faire de l’armée régulière dans les zones qu’ils contrôlent. Une partie des militaires qui servaient le régime sont passés aux Houthis au gré des conquêtes territoriales. Ils ont tout simplement besoin de nourrir leur famille. Aujourd’hui, les Houthis sont capables de produire et de mettre en œuvre des armements sophistiqués. Ils bénéficient de surcroît du soutien de l’Iran. Le port de Hodeïda leur fournit également des revenus importants. Ils peuvent ainsi soutenir leur effort de guerre.

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Les Houthis continuent de jouer un rôle central dans la politique yéménite, défiant les attentes et les prévisions de nombreux observateurs internationaux. Leur ascension fulgurante et leur résilience face aux pressions extérieures témoignent de la complexité et de la profondeur des dynamiques politiques et sociales qui façonnent le paysage yéménite contemporain.


Lire aussi Les peuples ont-ils encore le droit de disposer d’eux-mêmes ?

War is the Continuation of Politics by Other Means

Fetish, totem, stroke of genius, Clausewitz’s « formula » – « war is nothing but the mere continuation of politics by other means » – is sometimes praised, sometimes reviled by strategists.

Carl von Clausewitz
War is the Continuation of Politics by Other Means

We’ve come to the end of our Clausewitzian journey. Please feel free to read our other articles on the concepts introduced by the master in On War. We advise you to read the one on absolute war before continuing.

It’s time to confront this monument.

War is subject to politics

Clausewitz opens De la guerre with the ambition of analyzing the phenomenon of war. « We propose to examine war first in each of its elements, then in each of its parts, and finally in its entirety, that is, in the connection these parts have with each other ».

Logically, then, the discussion begins with a proposed definition. « War is therefore an act of force by which we seek to compel our adversary to submit to our will ».

Notion of political goal

The use of force – and violence – is therefore by definition inseparable from war. But for Clausewitz, force is merely a means to a political end.

However, the only way to achieve this political goal is « to put the enemy in no position to defend himself » (p. 28). The political goal can therefore only be achieved through a military objective.

If the use of armed force is the means to a political end, then war is subject to politics. This is one of the major theses of the work. It is also one of the meanings of Clausewitz’s formula, war as the continuation of politics by other means.

War is subject to politics

War does not impose its logic on politics. « It is therefore the political goal […] that determines the result to be achieved by military action, and the efforts to be devoted to it ».

The only requirement for war is that the political objective be compatible with the use of armed force. Clausewitz was not the theorist of total war, in which political reason would have to give way to the imperatives of war (that was Ludendorff).

On the other hand, the amount of effort required (i.e., the level at which the military goal is set) to achieve the political goal depends on the pre-existing relations between the belligerents. For example (this example is ours, and does not appear in the work), conquering a neighboring province may well be done without a blow, if it’s just a matter of the population concerned changing tyrants. But if people’s passions have already been aroused, this conquest can lead to a long and cruel war. The form of war changes, but not the political objective.

War and politics are therefore of the same nature. There is no break between them, despite the introduction of force. War is the means to a political end: it is simply its continuation. Politics does not cease with the use of arms.

The meaning of the formula

Strictly speaking, the « formula » is not a definition of war. Rather, it is a characterization. The starting point of Clausewitz’s analytical approach is the identification of two dominant features of warfare.

What is the « policy » in question?

The restrictive point of view

For Martin Van Creveld, in The Transformation of War, Clausewitz understands politics to mean only relations between states based on rational interests and calculations. The formula would then be unable to account for the participation of non-state groups in war, or for conflicts in which one side is fighting for its survival.

Clearly, it would not have had such a following if the term « politics » had to be understood in such a restricted sense.

Human communities

Of course, in On War, Clausewitz concentrates on wars between or within states. And with good reason: these were the only wars he knew of. However, when he describes the essence of war in Book One, he does seem to take into account the possibility of political conflicts outside the state. « Between human communities, and especially between civilized nations, war always arises from a political situation and pursues a political goal ».

Unsurprisingly, Clausewitz sees the nation – and in this case the state – as a « civilized » form of human organization. But he also envisages the existence of other types of organization, other types of « human communities ».

We will therefore define « politics » as the ways in which human communities cohabit and live together. N.B.: this is our definition. It does not appear in the work.

The struggle for survival and the disappearance of political purpose

Clausewitz also considered struggles for survival, as opposed to « political » wars fought for « interests ».

He noted that wars can vary in intensity, from wars of extermination to wars waged for cold interests. He recognizes that their relationship to politics seems, at first glance, to differ according to this intensity.

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« The more extensive and powerful the motives that lead to war, the more tense the political situation that precedes it, the more the existence of the peoples taking part in it is engaged, and the closer war itself comes to its abstract form […] and seems to withdraw from the authority of politics to follow only its own laws: the military goal and the political objective become identical. But on the other hand, the weaker the motives that preside over war and the tensions that precede it, the further the political goal deviates from the outburst of violence inherent in war, so that, obliged to deviate from its natural direction in order to conform to the one imposed upon it, war […] finally comes to seem exclusively an instrument of politics. »

On War, emphasis added.

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However, this disappearance of the political goal behind the military objective is only apparent. « All wars must be considered as political acts », he asserts a few lines further on.

If political and military aims become confused, one does not absorb the other. A war of extermination is also a political act, albeit an extreme one: it appears legitimate and necessary to at least one of the two sides.

So what are these « other means »?

Clausewitz’s answer would be immediate: violence, bloodshed. It is one of the intrinsic characteristics of war. « In order to define war without becoming too heavy-handed, we shall confine ourselves to what constitutes its primordial element: combat ». Violence is thus an extraordinary means for politics to achieve its ends.

For Clausewitz, war without violence and combat is an illusion. « According to some philanthropists, there is some artificial method which, without bloodshed, would make it possible to disarm or reduce the adversary […]. […]. However generous this idea may be, it is nonetheless an error to be combated ».

These two elements lead us to recompose Clausewitz’s characterization of war, to propose a definition of war that seems to us to be in line with his formula. War is an armed and bloody confrontation between human groups, with the aim of forcibly modifying their common modes of existence, including through annihilation.

The question now is whether this definition stands up to criticism, and whether it is of any use in dealing with the phenomenon of war.

Can war not be political in nature?

Let’s subject this definition to an intellectual bombardment and try to refute it.

Seemingly non-political reasons for war

The motives for war can be diverse: political, of course, but also religious, legal, cultural, economic… How can war not therefore be of a non-political nature?

Clearly, most conflicts can be described as « political », in the sense of our definition. A war to impose trade terms on another party, such as the opium wars (this was obviously not the only motive for these wars), falls well within our definition of cohabitation terms.

The same applies to wars waged for legal or moral reasons. Legal institutions and concepts, whatever the era, set in stone the relationships that communities must have with each other. As for imposing moral imperatives through war, this remains the imposition of a norm on the adversary.

Religious conflicts are also political

Religious conflict is also a political conflict, even if this may seem counter-intuitive. Imagine a conflict whose motivations are purely spiritual. This type of conflict is probably an impossibility, so numerous, diverse and profound are the reasons behind a war. But let’s imagine a purely religious war.

Several belligerents clash over the validity of their understanding of a religious (or philosophical) doctrine. It’s a question of day-to-day ways of living and cohabiting. So it’s already politics. The winning side will have succeeded in forcibly imposing its way of believing on the vanquished. It will have redefined the terms of cohabitation with its opponents.

Finally, it has been suggested that the wars waged by the Aztecs against their neighbors were not political. Rather, they were religious in nature. Indeed, their sole purpose was to take captives and sacrifice them to the gods. However, the real question settled by the war was who should provide the supplicants. Once a village had been subjugated, it owed a certain number of individuals to be sacrificed as tribute. While the motive for war was indeed religious (to take captives), its nature remained political. The aim was to create and maintain a system of domination between human groups.

Wars for honor?

But what about honor? An armed conflict between human groups motivated by honor would not qualify as war today. It would be considered a vendetta, or a cycle of violence. It seems inconceivable to us that two political entities would go to war over a question of honor.

However, in other societies, other cultures, other times, this notion is quite conceivable. Two groups could clash over an act perceived as unacceptable in the value system in question. In any event, armed confrontation would then take place, not to define the terms of coexistence, but with the aim of correcting an imbalance introduced into cohabitation between the groups by one of the parties. In this sense, it remains possible – albeit at the extreme limit – to conclude that this armed violence is political in nature.

Nevertheless, the conflict could not have a political objective. It would be a matter of defeating the other to an undefined extent, up to the point where equilibrium is deemed to be re-established and acceptable to the parties to the conflict.

War as culture

As a final analysis, the only circumstance in which war might not be political is if it is a culture.

This is not a conflict of cultures, in the sense of one side trying to impose its culture on the other by force. That would fall within our definition of politics. We’re talking about war as culture, as a way of life.

According to John Keegan in Histoire de la guerre, the strength of the cavalry peoples of the steppes was to have war as a way of life. In other words, they lived solely for and through combat. This position probably needs to be qualified. However, if war can be a way of life for an entire people (as distinct from a mere profession), then it is not necessarily a continuation of politics. It does not redefine the modalities of cohabitation, because it is the only possible way to cohabit. It is politics.

The Clausewitzian presupposition

If war remains political in nature, it no longer serves to resolve a conflict. This exposes the Clausewitzian presupposition, which lies not in the political nature of war, but in « other means ». Basically, Clausewitz sees war as a violent means of resolving a conflict between two human groups.

In this sense, although it cannot be detached from politics, war has no other purpose than its own disappearance in favor of a new, recognized political order. By its very nature, war is a transitory state of politics. If, on the other hand, organized armed violence is not a means, but a culture, it ceases to be a means and loses its transitory character, becoming a state of equilibrium.

However, the fact that war can be a culture is only a hypothesis, an intellectual construct. Today, no people on earth possesses this war-culture.*


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Structuring the treatment of organized armed violence

Clearly, not all organized armed violence is political, and not all violence is organized. Clausewitz’s formula clearly delimits the perimeter of war within that of violence. Without this political dimension, any confrontation between gangs could be described as war.

The notion of politics makes it possible to distinguish, within organized armed violence, between what is war and what is not.

Organized crime

Let’s consider criminals, who act in organized gangs either against their rivals or against the established order. When they act for pecuniary reasons (robbing vans, murdering rivals…), nobody would dream of talking about war.

But when it comes to deciding pre-eminence between gangs, or determining who controls a territory, the violence takes on a political dimension. The term « gang war » comes to mind, and rightly so.

The case is even more eloquent when it comes to organized resistance to the forces of law and order in order to maintain the parallel administration of a territory. This is the case of certain battles waged by Mexican cartels against the police. What we have here is a war stricto sensu.

Criminal means and political claims

Conversely, if an organization uses criminal means to further its political cause, it is legitimate to speak of war. Hostage-taking by a group whose sole aim is to profit from the ransom cannot be considered an act of war. On the other hand, if the hostage-taking is used to finance violent actions aimed at altering the political balance of power, or simply to assert a political position, then it is indeed an act of war, however illegitimate it may be in the Western conception of war.

The notion of politics makes it possible to distinguish which armed, organized and bloody acts of violence should be qualified as war.

The point here is not to enter into a circular reasoning that would explain that since war is political, apolitical violence is not war, which would prove that war is political. It is to show that Clausewitz’s formula, according to which war is the continuation of politics by other means, makes it possible to structure the perception of organized armed violence, and to put in place appropriate responses.

Contemporary applications

So, how can this formula help us understand war?

If, as Clausewitz thought, war is the continuation of politics by other means, then we can avoid two pitfalls in which the common perception of war today in the West seems to be caught.

Repoliticizing war

Firstly, war is not just a matter of technique or performance. Western countries may have tended to consider that the deployment and use of armed force were capable of winning a war thanks to their formidable capacity to kill, before being astonished at having to wage eternal wars against an enemy who was constantly being destroyed. Their poor counter-insurgency record is a result of the perception of war as a phenomenon unrelated to politics.

Indeed, the destruction of the enemy’s armed forces is necessary to bring down the will of the state. But what can the capacity for destruction achieve when the enemy is no longer a state? The adversary in asymmetrical warfare is made up of individuals who have deemed their living conditions unacceptable, to the point of risking their lives fighting against the established order. As long as the political conditions that set the insurrection in motion do not change, it is illusory to hope for any kind of victory. Between states, the political conditions of conflict change as the military balance of power changes, not in asymmetrical warfare.

Non-military levers of action

What’s more, when the balance of power is asymmetrical, military action cannot have a decisive effect. What other political or economic levers do Western democracies have at their disposal to influence the course of their foreign wars? Economic leverage is limited to the imposition of liberalism, tinged with development aid. Political leverage is limited to organizing elections. If war is indeed too serious a matter to be left to the military, then non-military means of action must also exist.

Finally, presenting armed intervention as a technical solution to a strategic problem, or worse, a moral problem, does not allow us to give our adversary his due. They are reduced to the rank of terrorists or criminals. And we negotiate with neither. Without putting politics back at the heart of warfare, there can be no peace, only long wars and defeat.

Economic, commercial and information warfare

Secondly, by placing bloodshed at the heart of warfare, we can better understand the mechanism of international relations, by distinguishing war from what General Poirier called « competitive commerce ».

Indeed, today there are countless speeches on « economic warfare », « information warfare », « trade warfare » and « cyberwarfare ». And yet, if we judge these « wars » by the yardstick of our definition and formula, the term is misused.

So what is the point of these misuses? An attempt to understand a state of tension that seems incompatible with a state of peace. In Stratégie théorique II, General Poirier explains that competition between the political projects of different socio-political players leads to a state of perpetual tension, which he calls « competitive commerce ».

Economic or information « wars » are in fact consubstantial with international relations and the state of peace. Perceiving them as wars can only cloud judgment and lead to irrational, counter-productive decisions.
Adding an adjective after « war » gives the impression of a fine analysis, or even a conceptual breakthrough. However, it often only adds to the confusion, both in understanding the phenomenon of war – which is by nature changeable, like the famous chameleon – and in understanding the state of peace. The latter is nothing more than a harsh competition, distinguished from war only by bloodshed.

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Clausewitz’s famous formula, « War is only the continuation of politics by other means », is often attacked, but never dethroned. It is a simple phrase that reminds us that war is political in nature. It is not, therefore, an autonomous phenomenon. Finally, it is characterized by organized armed violence and bloodshed.

It gives us a clearer picture of today’s world. But it also allows us to draw up safeguards delimiting what it can achieve, and above all, what it cannot do.


« War is merely the continuation of politics by other means ».

Carl von Clausewitz, On War, Book One, Chap. 1, § 24.

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Ares and Athena, Gods of War

In Canto V of the Iliad, Homer stages the confrontation between Ares and Athena. Both are gods of war, but in different ways.

Gods of war

Diomedes, one of the Greek chiefs, is supported by Athena. He wreaks havoc on the Trojan camp, even wounding Aphrodite and challenging Apollo, who are fighting for the other side. Ares then intervenes on the Trojan side to repel the Achaeans. Athena urges Diomedes to defeat Ares. Two deities, each representing a different aspect of the war, collide.

Ares, « madman », « scourge of mankind », « tainted with murder », is the god of war in its aspect of blind violence and devastation. He pounces on Diomedes as soon as he sees him, eager to take his life.

But Athena, goddess of strategy and intelligence in war, deflects Ares’ hand. She guides Diomedes’ spear straight at his adversary, who, wounded, must leave the battlefield and return to Olympus.

What does this passage from the Iliad and the gods of war tell us about the use of force?

Intelligence has triumphed over force and rage. It is intelligence that directs efforts to produce the right effect at the right time. It is intelligence that deflects the opponent’s strike to prevent it from being effective.

Conversely, violence that is not channeled towards a goal by intelligence is nothing but barbarism, incapable of achieving any political result. Force therefore solves nothing by itself; it is the direction given by intelligence that gives it its power.


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Arès et Athéna, dieux de la guerre

Au chant V de l’Iliade, Homère met en scène l’affrontement d’Arès et d’Athéna. Tous deux sont des dieux de la guerre, mais dans des aspects différents.

Arès et Athéna, dieux de la guerre

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Diomède sème le carnage chez les Troyens

Diomède, l’un des chefs grecs, est soutenu par Athéna. Il porte le carnage dans le camp troyen, jusqu’à blesser Aphrodite et défier Apollon qui combattent pour l’autre camp. Arès intervient alors aux côtés des Troyens pour repousser les Achéens.

Athéna se voit donc contrainte d’intervenir. Elle presse Diomède de défaire Arès. Survient le choc entre deux divinités représentant chacun un aspect de la guerre.

Affrontement entre Arès et Athéna

Arès, « fou », « fléau des humains », « souillé de meurtres », est le dieu de la guerre dans son aspect de violence aveugle et de dévastation. Il rue sur Diomède dès qu’il l’aperçoit, impatient de lui ôter la vie.

Mais Athéna, déesse de la stratégie et de l’intelligence dans la guerre détourne la main d’Arès. Elle guide la lance de Diomède droit sur son adversaire, qui, blessé, doit quitter le champ de bataille et s’en retourner sur l’Olympe.


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Enseignements

Que nous apprend ce passage de l’Iliade et les dieux de la guerre sur l’emploi de la force ?

Athéna l’a emporté sur Arès. L’intelligence a donc triomphé de la force et de la rage. C’est elle qui dirige les efforts pour leur faire produire les bons effets au bon moment. C’est elle qui dévie la frappe adverse pour lui interdire de porter.

À l’inverse, la violence qui n’est pas canalisée vers un but par l’intelligence n’est que barbarie, incapable d’aboutir à un quelconque résultat politique. La force ne résout donc rien par elle-même ; c’est la direction que lui donne l’intelligence qui fait son pouvoir.

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