Un porte-avions, pour quoi faire ?

« Un porte-avions, pour quoi faire ? » En ces temps de rigueur budgétaire, la question devrait se poser assez naturellement. Et elle devrait être suivie tout aussi naturellement de cette remarque : « un porte-avions seul, ça ne sert à rien. Il en faudrait deux ». Éclaircissons ici les enjeux liés au porte-avions de la marine nationale. 

Un porte-avions, pour quoi faire ?
Le porte-avions Charles de Gaulle

A quoi sert un porte-avions ?

Un porte-avions est avant tout un moyen de projection de puissance. Il sert à déployer de la capacité de combat loin de ses frontières. Il est capable de conduire une large gamme d’opérations, du signalement stratégique aux opérations de combat de grande ampleur. Le Charles de Gaulle apporta ainsi une contribution clef à la guerre contre Daech entre 2014 et 2019.

Il sert évidemment de base flottante. Après le 11 septembre 2001, les Américains commencèrent dès octobre les bombardements contre les talibans. Ils ne possédaient pas encore l’autorisation de décoller depuis un certain nombre de pays proches. Ce sont donc les porte-avions américains qui ont servi de base à une partie des opérations de bombardement.

En ce qui concerne la France, le porte-avions possède également un rôle clef dans la dissuasion nucléaire. Il peut en effet mettre en œuvre des armes nucléaires loin du territoire français. Il se révèle ainsi complémentaire de la capacité de seconde frappe offerte par les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Son déploiement seul peut donc servir de message politique vers un adversaire.

Construire un porte-avions permet également d’entretenir les savoir-faire relatifs à la construction de chaudières nucléaires. Ces compétences de pointe doivent en effet être conservées, et cela n’est possible qu’en maintenant les équipes au travail. Il s’agit d’embaucher et de former en permanence. Il est en effet impossible de rattraper une interruption dans la transmission de ce savoir-faire très spécifique. La remontée en compétence serait incertaine et prendrait plusieurs années.

Enfin, le porte-avions est un symbole. Peu de marines opèrent ce type de navire, et le posséder permet de se présenter comme une nation navale de premier rang.


Lire aussi : la doctrine de dissuasion nucléaire française.

Un ou deux porte-avions ?

Aujourd’hui, la France ne possède qu’un porte-avions. Le Royaume-Uni a fait le choix d’en acquérir deux. La question soulève parfois des débats passionnés. Voici pourquoi. 

Un seul porte-avions ne permet pas de disposer d’une permanence à la mer de la capacité aéronavale. En effet, lorsque le navire est en arrêt technique, la capacité est indisponible. Or, certains arrêts peuvent durer plusieurs mois, privant le pays d’une de ses coûteuses pièces maîtresses.

L’exemple des porte-avions britanniques

Cela étant, l’exemple britannique montre que disposer de deux porte-avions ne garantit pas non plus une permanence à la mer : ils peuvent rencontrer des problèmes techniques en même temps, sans parler des problèmes de recrutement et de disponibilité des aéronefs de la Royal Navy. Par ailleurs, quel est l’intérêt de disposer d’une permanence à la mer de porte-avions ? Il suffit de disposer de cette capacité lorsque c’est nécessaire pour défendre les intérêts nationaux. 

Un porte-avions, pour quoi faire ?
Les porte-avions HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales
Les porte-avions HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales

Qui plus est, avoir deux porte-avions est la garantie que l’un d’eux sera indisponible en permanence posant la question du rapport coût/efficacité. En effet, un porte-avions n’agit pas seul. Il se déploie au centre d’un groupe aéronaval, composés de sous-marins, de navire à capacité de défense aérienne, anti-sous-marine et de ravitailleurs. À défaut de posséder les moyens pour armer deux groupes aéronavals, l’un des deux navires devra rester au port. Acquérir deux de ces bateaux ne permet donc pas de faire des économies d’échelle. Au contraire, cela multiplie les coûts.

La question du coût est en effet centrale. Un navire comme le Charles de Gaulle a coûté environ 3 milliards d’euros, le Porte-avions Nouvelle Génération, qui répond aujourd’hui au doux sobriquet de PANG, est estimé à 5 milliards. L’effort budgétaire, hors entretien, correspond donc à entre 5 et 10 % du budget de la défense. Ce coût est lissé sur plusieurs années de production, mais reste important. La question est donc : de quoi se passe-t-on pour s’équiper d’un porte-avions ? L’effet d’éviction budgétaire est donc acceptable pour un bateau, plus difficilement soutenable pour deux.


Lire aussi : Les moyens de la dissuasion nucléaire française.

La question derrière la question : le rapport de la France à la mer

En réalité, la question du ou des porte-avions en dissimule une autre : le rapport de la France à la mer. Est-elle un espace national à contrôler et à mettre en valeur ou un milieu permettant la projection, et l’expression de la puissance ?

Rappelons ici que la France possède la 2e zone économique exclusive au monde, mais qu’elle manque des moyens de la contrôler, voire d’affirmer sa souveraineté en permanence sur les parties les plus éloignées de son territoire, comme l’atoll de Clipperton ou les îles éparses.

Un porte-avions, pour quoi faire ?
Le porte-avions Charles de Gaulle
Le porte-avions Charles de Gaulle

Un porte-avions est une capacité très visible qui symbolise la puissance et le rang des nations. Le fait qu’il focalise un certain nombre de débats et de crédits, alors que le nombre de patrouilleurs fat figure d’enjeu secondaire montre que la France considère la mer comme le moyen de puissance au service de ses ambitions globales. Mais la mer pourrait tout aussi bien être perçue comme un trésor national menacé en permanence, ce qui imposerait d’autres choix politiques.  


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Le porte-avions concentre donc un grand nombre d’enjeux et de débats en raison de son importance stratégique, opérationnelle, industrielle et symbolique. Il est un marquant majeur de la politique de défense de la nation. Il concrétise également la manière dont la France perçoit la mer.