Les gardiens dans La République de Platon

Dans La République de Platon les guerriers, ou gardiens, possèdent une place prééminente.

Un des gardiens de la république de Platon

Platon imagine une cité idéale, fondée sur la justice et l’harmonie entre les différentes classes sociales. Pour faire émerger la justice dans la cité, il propose une division du travail rigoureuse et une formation spécifique pour chaque classe, en particulier celle des gardiens. Ceux-ci ont pour mission de défendre la cité et de veiller à son bon fonctionnement. Leur formation mêle éducation physique, morale, intellectuelle et militaire. Cette éducation vise à former des individus équilibrés, à la fois courageux, désintéressés et entièrement dévoués au bien commun.

Une classe à part : qui sont les gardiens ?

La cité idéale et ses classes

Platon conçoit la cité idéale comme un organisme vivant, composé de trois classes : les producteurs (artisans, agriculteurs, commerçants), les auxiliaires (soldats), et les gardiens (gouvernants). Chacune de ces classes doit remplir sa fonction propre pour que la justice règne.

Platon : Gardiens et auxiliaires

Platon distingue deux catégories de gardiens : les gardiens au sens strict, qui gouvernent, et les auxiliaires, qui combattent et obéissent. Tous deux partagent la même formation initiale. Mais seuls les meilleurs, après des épreuves successives, accèdent aux fonctions dirigeantes. La classe des gardiens constitue donc un vivier d’élite, au sein duquel la sélection s’opère progressivement, par le mérite.

Une éducation complète : gymnastique, musique et formation militaire

La gymnastique : endurance et maîtrise de soi

La gymnastique est essentielle à la formation du corps. Elle développe la force, l’endurance, et la maîtrise de soi, qualités indispensables au soldat. Platon rejette cependant la recherche excessive de performance physique ou de beauté corporelle. L’éducation corporelle vise à former un caractère harmonieux, et à préparer les épreuves de la guerre.

La musique : éducation morale, esthétique et contrôle idéologique

La gymnastique n’est pas une fin en soi. Elle doit être équilibrée par la musique pour éviter de produire des hommes brutaux ou insensibles. La musique, chez Platon, englobe la poésie, les récits, le chant et la danse. Elle façonne l’âme dès l’enfance. L’élève doit être exposé uniquement à des histoires valorisant la vertu, la maîtrise de soi, le courage et la justice.

La censure éducative

Platon condamne la représentation des dieux comme jaloux ou violents, et critique les héros tragiques qui pleurent ou fuient la mort. Il défend en effet une censure stricte des récits, chansons et représentations destinés aux jeunes gardiens. Selon lui, les mythes nourrissent l’imaginaire moral. Mal orientés, ils peuvent pervertir l’âme. Ainsi, il faut supprimer tout ce qui incite à la lâcheté, à la peur de la mort, ou au désordre. L’éducation musicale devient un outil de formation idéologique : elle inculque un amour naturel de la justice, un mépris de l’injustice, et une disposition à obéir aux lois.

Cette censure ne vise pas la vérité, mais la formation des bons réflexes moraux. Platon assume ce rôle paternaliste de la cité : elle façonne les âmes, comme un sculpteur taille une statue.

« Il ne faut pas dire qu’Achille, fils d’une déesse, pleurait comme une femme. » (République, 387d)

Une formation militaire rigoureuse

La formation des gardiens ne se limite pas à la culture morale et physique. Platon insiste sur une préparation au combat concrète et exigeante. Les jeunes auxiliaires s’exercent à l’art de la guerre : maniement des armes, discipline, stratégie.

Platon veut éviter que des individus faibles, lâches ou intéressés ne prennent des responsabilités militaires. La sélection par l’action permet d’éliminer les incompétents et de forger un corps d’élite, entièrement voué à la cité.

La sélection et la théorie des métaux

Le mythe fondateur : les métaux dans l’âme

Pour justifier la hiérarchie entre les classes, Platon introduit un mythe fondateur : les citoyens naissent avec une âme constituée d’un métal particulier. L’or pour les futurs gouvernants, l’argent pour les gardiens, le fer et le bronze pour les producteurs.

« Dieu a mêlé de l’or dans la composition de ceux qui sont faits pour commander, de l’argent dans celle des auxiliaires, et de fer ou de bronze dans celle des agriculteurs et artisans. » (République, 415a)

Ce noble mensonge sert à ancrer dans les esprits la légitimité de la division sociale. Il ne s’agit pas d’une vérité biologique, mais d’un récit destiné à renforcer la stabilité de la cité. Il incite chacun à accepter sa place et à se dévouer au bien commun.

Une sélection méritocratique

Si un enfant de producteurs manifeste une âme d’or, il pourra devenir gouvernant. Inversement, un enfant de gardien jugé incapable pourra être réaffecté à une classe inférieure. La formation des gardiens devient donc une grande épreuve de sélection : elle révèle la nature profonde de chacun.

Cette idée de mobilité conditionnelle vise à concilier ordre social et justice individuelle. Nul ne doit accéder à une fonction qui ne correspond pas à son âme ; mais nul ne doit non plus y être empêché par sa naissance.

Lire aussi : L’anneau de Gygès : nul ne fait le bien volontairement.

Les Gardiens chez Platon, une vie sans propriété ni famille : la fin de l’intérêt personnel

Abandon de la propriété privée

Les gardiens doivent vivre en commun : pas de richesse personnelle, pas de biens, pas de commerce. Ils reçoivent le nécessaire de la cité, mais ne possèdent rien. Cela vise à prévenir la corruption, l’ambition personnelle et la tentation d’exploiter leur pouvoir à des fins privées.

Leur vie est austère, mais honorée. Ils mangent ensemble, dorment dans des casernes, et consacrent leur temps au service public. Platon compare leur mode de vie à celui des chiens de garde, fidèles, vigilants, et désintéressés.

Communauté des femmes et des enfants

Platon va plus loin : les gardiens n’ont pas de famille privée. Les enfants sont élevés en commun, et les couples sont formés par la cité selon des critères eugénistes. Les enfants ne savent pas qui sont leurs parents, et réciproquement. Ce système radical vise à détruire l’intérêt personnel, source d’injustice.

Ainsi, les gardiens n’agissent jamais pour leur clan ou leur descendance, mais uniquement pour la cité. Leur éducation les prépare à aimer la justice plus que leur propre sang.

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La formation des gardiens, dans La République de Platon, est le pilier central de la cité juste. Elle repose sur une éducation complète, mêlant gymnastique, musique, morale, censure et entraînement militaire. Elle sélectionne les meilleurs individus non par leur naissance, mais par leur capacité à incarner la vertu.

Grâce à la théorie des métaux, à la communauté des biens et à une discipline exigeante, Platon espère former une élite incorruptible, fidèle à la justice, et dévouée au bien commun. Le modèle est utopique, mais il vise à répondre à une question cruciale : comment éduquer ceux qui auront le pouvoir, pour qu’ils ne deviennent pas des tyrans ?

Lire aussi Platon, La République : la fondation de la cité.

Retrouvez le texte de La République de Platon sur Wikisource.

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